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7 mars 2016    /    

Plus haut que les nuages, Dubaï-

Dubaï est la ville de tous les superlatifs. Sa démesure défie le climat, la gravité et l’imagination humaine : tout ce dont vous avez rêvé se trouve à Dubaï, mais aussi tout ce que vous n’aviez jamais pensé un jour désirer. Dubaï est mégalomane et sans limite – visite entre sable et vertige.

Skyline de Dubai nocturne

Dubai à la nuit.

Cet article est le dernier d’une série consacrée aux Emirats Arabes Unis. Retrouvez ici l’article sur Abu Dhabi et ici celui sur l’oasis d’Al Ain.

Arriver à Dubaï, c’est tomber dans le ciel. Au-dessus des sables s’élève la silhouette vertigineuse de la Burj Khalifa, haute de 828 mètres, dont la démesure semble miniaturiser tout le reste de la skyline. Par temps brumeux, quand les brouillards du désert nappent Dubaï d’une couche opaque et vaporeuse, elle est la seule à émerger des nuages, et à signifier l’infinie ambition émirienne. C’est une nouvelle tour de Babel, construite par des centaines de travailleurs immigrés dont les langues se mélangent, et lancée à l’assaut des cieux.

La Burj Khalifa illuminée de fleurs, la nuit.

La Burj Khalifa illuminée de fleurs, la nuit.

 

burj khalifa fazza dubaï

La Burj Khalifa émergeant des nuages, photo prise par « Fazza » en personne, alias Son Altesse Hamdane ben Mohammed Al Maktoum, prince héritier de Dubaï. Entre chevaux, faucons et faune sauvage, son compte Instagram nous permet de jeter un coup d’œil à la dérobée dans l’Olympe émirien.

Si Abu Dhabi, en sa qualité de capitale des Emirats Arabes Unis, se veut garante de la culture traditionnelle et d’un certain sens de la mesure infusé par son fondateur, le bien-aimé Sheikh Zayed, Dubaï ne connaît aucune limite. Ici tout est possible. Vous pouvez surfer des vagues artificielles et skier en plein désert, dormir dans un hôtel 7 étoiles pour 7000 euros la nuit, sauter en montgolfière sur des îles façonnées par la main de l’homme, et acheter tout ce qui dans l’univers peut se monétiser.

Luxueuse marina de Dubaï.

Luxueuse marina de Dubaï.

La caste minuscule et infiniment puissante qui tient Dubaï a les pouvoirs d’un démiurge, sculptant océans et montagnes au milieu du désert. Ici vivent les nouveaux Dieux. Comme à Asgard, comme sur l’Olympe, ils vivent ici dans un palais suspendu au-dessus des nuages construit d’une main de géant et sourd aux tumultes des mortels qui grouillent à ses pieds. Le fluide magique qui parcourt leurs villes électriques, qui fait jaillir les merveilles le long des artères rugissantes, c’est l’or qui dort dans les profondeurs. Comme les Dieux des mythologies autrefois, ils ont triomphé des rages martiales de leurs frères ennemis, renvoyé Titans et monstres à l’abîme et préfèrent la paix aux croisades. Jusqu’à peu, ils brandissaient leur pacifisme en étendard, et soulignaient qu’ils ne mènent aucune guerre nulle part, et que les hélicoptères militaires qui traversent parfois les villes se contentaient de s’entraîner dans leurs déserts. L’irruption de Daech a tout changé : les Emirats eux-mêmes sont allés s’engager dans le maelström. Cette guerre contre l’hydre jihadiste a des airs d’apocalypse.

skyline de dubaï

Ces deux tours, vues au crépuscule, imitent le Chrysler Building de New York.

Mais l’écume des tempêtes géologiques ne touche pas encore ces rivages dorés. Dubaï est un monde parallèle où tout n’est que luxe, calme et volupté. Au Dubai Mall, le plus grand centre commercial du monde, des dizaines de plongeurs en polystyrène bodybuildé font le saut d’Icare dans une cascade artificielle, et disent l’ivresse d’une vie illimitée. Les aquariums sont hauts comme les remparts d’un château fort, et on peut faire du ski et du patin à glace au milieu des chalets et des sapins sous une voûte d’acier. Dans la marina de Dubaï, l’éclat immaculé des yachts infiniment luxueux reflète le soleil descendant, et promet aux ultra riches une vie où on ne touche jamais terre, où les avions, bateaux et les tours vertigineuses vous libèrent de la malédiction du sol.

Les plongeurs du Mall of the Emirates;

Les plongeurs du Dubai Mall.

Tout le quartier de Palm Jumeirah semble illustrer la victoire de la volonté humaine sur les éléments. Les images satellites révèlent la forme du gigantesque palmier que forme un réseau d’îles artificielles, gagnées sur la mer. Sur les branches du palmier magique s’étalent des plages douces et claires, bordées de mosquées et de villas aux jardins fleuris.

Vision satellite du Palm Jumeirah. Source : Wikipedia Commons.

Vision satellite du Palm Jumeirah. Source : Wikipedia Commons.

Les hôtels les plus emblématiques de Dubaï se tiennent sur ce continent jailli des eaux, comme la Burj-Al-Arab, dont la silhouette de voilier rappelle les traditions nautiques émiriennes, et dont les chambres comptent parmi les plus chères et les plus opulentes de la planète. A ses pieds s’étendent de belles plages de sable blanc, dessinées pour rappeler les paradis exotiques dont rêve la planète entière.

Dubaï

Coucher de soleil sur la Burj Al Arab.

L’Atlantis trône en roi du palmier artificiel. Ma passion aquatique me pousse à préférer cet hôtel colossal et fantasmatique à tous les autres : pousser les portes dorées de l’Atlantis, serties de conques et d’hippocampes, c’est descendre vingt mille lieues sous les mers. Je me souviens de la Petite sirène de Disney, du palais sous-marin du roi triton et de ses filles, et je replonge dans mes rêves de gamine. Un lustre de verre coloré semble dresser une colonne de lumière entre les mondes, des aquariums géants au décor de naufrage et d’Atlantide portent l’imagination vers des rivages lointains, et chaque détail évoque les trésors d’Arielle. La vie des Dieux est si douce.

Dubaï crépuscule sur l'Atlantis

L’Atlantis vu depuis l’une des plages du Palm Jumeirah, au soleil couchant.

 

Porte de l'Atlantis Dubaï

Les portes magiques de l’Atlantis.

 

Dubaï aquarium Atlantis voyage

Le fabuleux aquarium de l’Atlantis.

 

dubaï atlantis lustre

Le lustre mirifique dans le hall d’accueil de l’Atlantis

Dubaï est belle comme un mirage, surtout là où son âme d’antan transparaît. Le vieux quartier de Deira raconte l’Arabie des marins et des marchands, les horizons lointains distillés dans les épices et les étoffes précieuses empaquetées dans les grandes barques à fond plat. Le long des docks de The Creek, le ballet permanent des bateaux continue de parler la langue du petit commerce, et ouvre une fenêtre sur le passé. Dans le souk aux épices, créé à l’arrivée des Perses au XIXe siècle, on vous met sous le nez le saffran, la badiane, le ras el hanout, le cumin et la coriandre, on ouvre sous vos yeux des citrons séchés et débite les publicités de Leclerc, Carrefour ou Intermarché pour vous faire sourire et vous vanter des prix imbattables. Des petits stands proposent tous les délices de l’Orient riche et ondoyant qu’on a tous fantasmé, pain pita, labneh, hoummous, fromage halloumi et taboulé. Au cœur de Dubaï, il est possible de retrouver l’Orient des mille et une nuits.

Deira the creek à dubaï

Minaret et navires, ambiance du soir sur les docks de The Creek, Deira.

 

spice market dubaï

Souk aux épices de Dubaï.

 

dubai the creek boat

Bateau traditionnel.

De tous côtés, la ville continue de grandir. A JBR The Walk, un quartier balnéaire construit de toute pièce pour évoquer l’ambiance douce et nonchalante des villes de la côte Ouest des Etats-Unis, on peut s’asseoir à la terrasse d’un café et voir les attractions de demain prendre forme dans la baie. De nouveaux hôtels, toujours plus délirants. Le grand 8 le plus gigantesque et le plus rapide du monde, pour vous propulser définitivement dans la stratosphère. Avant que le pétrole vienne à manquer, avant que le monde bascule, Dubaï bâtit de quoi aimanter le monde entier. Il faut parer à l’inévitable et l’incertain, car toujours point l’angoisse du crépuscule des Dieux. Quand je vois la Burj Khalifa émerger à des kilomètres de distance, immense et fantomatique, un frisson me parcourt. Une cime si audacieuse semble appeler la foudre. Dubaï évoque toutes les légendes médiévales sur la folie des hommes et le châtiment divin qui menace ceux que la vie a trop gâtés.

JBR The walk Dubai

Ambiance californienne à JBR The Walk.

 

JBR Dubai

Café de plage à JBR

Partout, le désert menace de reprendre ce qu’on lui a arraché. Le sable dont Dubaï et Abu Dhabi ont jailli autrefois a déjà envahi le World, ce pharaonique projet de reproduction du globe au large de Dubaï. Et il n’est pas difficile de se laisser gagner par un rêve de mort et de ruines, d’imaginer la ville jaillie des sables, rendue aux sables, les gratte-ciels enlisés dans des dunes toujours plus hautes, les jardins asphyxiés par son emprise insidieuse, et le désert qui recouvre tout. Peut-être que dans deux cent ans, les Emirats Arabes Unis seront un nouveau Pompéi où l’on grattera au pinceau et à la truelle parmi les vents brûlants pour mettre à jour les traces de la folie des hommes. Peut-être que des collectionneurs et des mécènes, venus de la nouvelle nation ascendante, entreprendront de restaurer ces palaces, et que les générations futures viendront visiter l’Atlantis, ses mille figures marines, ses aquariums au décor de Nautilus chaviré, ses fresques de Poséidon, comme on visite aujourd’hui Versailles, dans une étrange mise en abyme. Peut-être que cet opulent simulacre d’Atlantide sera englouti comme son modèle, puis sauvé une nouvelle fois des profondeurs, et arpenté par des amoureux des ruines. J’imagine sa grande arche sinueuse, aujourd’hui ouverte sur les eaux turquoises, alors replongée dans l’indéfini, ses sculptures érodées par le temps, et les méditations mélancoliques des romantiques de demain, fascinés par l’histoire de ces princes qui fondèrent un empire à nul autre pareil au cœur du désert hostile, à la force du songe et de la démesure.

atlantis dubaï

Décor fantasmagorique de l’Atlantis.

Marina de Dubaï.

Marina de Dubaï.

Nous les enfants des démocraties occidentales fatiguées, nous sommes ambivalents face aux princes du désert. Nous qui avons aboli les privilèges depuis cette nuit du Quatre août, nous qui sommes libres et égaux dans notre uniformité, qui bâtissons des prisons et des hôpitaux au lieu de cathédrales et de châteaux, nous allons en masse le week-end visiter Notre-Dame et Chambord, les châteaux de Louis II de Bavière et le palais des Doges, commémorer les folies d’autrefois. Quand nous voyons des centaines de milliers d’hommes assujettis au rêve d’un seul, et nous ne savons si nous sommes horrifiés ou envieux. Face aux sublimes lubies des émirs, nous hésitons de même entre l’invective et la fascination, la peur et la jalousie, et nous, peuple démocratique, syndiqué, revendicateur, ironique, gréviste, débatteur. Nous pointons du doigt tout ce qui ne correspond pas à nos valeurs, puis nous supplions les nouveaux dieux de nous corrompre, et il est si doux de leur céder.

dubaï burj khalifa fontaine

Jeu de lumières et d’eau au pied de la vertigineuse Burj Khalifa – 828m de vertige.

skyline dubai night

Skyline de Dubaï, la nuit, avec la silhouette de la Burj al Arab au premier plan, la Burj Khalifa au loin, et toutes les grues signifiant la construction de nouvelles merveilles.

Nous avons toujours eu besoin d’heureux élus, plus beaux, plus riches, plus puissants que nous tous, qui font jaillir l’argent comme une source vive dans notre quotidien aride, et qui construisent les piscines de jade, les restaurants avec vue imprenable sur des lieux d’une beauté à couper le souffle, les fontaines immenses, les tours plus hautes que les nuages, les hôtels plus beaux que les rêves, pour nous offrir des miettes de ce paradis si ardemment désiré, et que nous suspectons de ne pas voir s’ouvrir après notre mort, puisque nous n’avons jamais été certains de croire en Dieu. Alors nous cherchons sur terre les minutes de douceur, d’harmonie, de joie sans partage, les minutes où l’eau chante dans un jardin luxuriant à la tombée de la nuit, et où nos corps se reposent du tumulte de la vie normale et laborieuse. Vendons-nous notre âme ? Mais qu’avons-nous d’autre à proposer ?

sunset atlantis dubai

Crépuscule sur l’Atlantis, avec des nuées d’oiseaux dont nul auspice n’a su déchiffrer la constellation.

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10 commentaires pour
“Plus haut que les nuages, Dubaï”

  • Je crois que de cette série, cet article est mon préféré en ce qui concerne le texte ! (Pour les photos, ce sont celles d’Abu Dhabi qui m’ont le plus émerveillées).
    J’adore tout particulièrement les trois paragraphes de la fin.
    Le premier, parce qu’en le lisant je me suis rappelée Pompéi, et je me suis imaginée nos descendants (re)découvrir Dubaï sous le sable. Vraiment, les images sont apparues claires dans mon esprit, et je me suis dis « C’est vrai, cela peut arriver. Cela arrivera. » Les comparaisons que tu emploies sont fortes et pleines de sens, si bien que cette perspective prend vie dans nos têtes. En te lisant, je retrouve ma passion d’enfance pour les romans : une scène de film ne me fera que rarement pleurer, alors qu’une simple phrase peut me faire verser des larmes à torrent. C’est pour cela que j’ai toujours aimé lire, et tu me le rappelle à chaque tournure de phrase. J’aime imaginer les choses par moi-même, mettre un visage sur celui qui découvrira l’Atlantis sous le sable, ou donner forme à la Burj Khalifa, émergeant non plus des nuages mais des dunes de sable. Seule la lecture nous laisse autant de liberté.
    Le deuxième, parce qu’il est emprunt de vérité. Ton vocabulaire est choisi avec tant de finesse ! Cela m’éblouit à chaque fois, cette facilité que tu as à écrire. Et puis, les deux « arts » de vivre que tu opposes, c’est tellement… Brillant ! Je ne trouve pas mes mots pour exprimer ce que j’ai ressenti à la lecture de ce paragraphe.
    Et le dernier, pour les mêmes raisons que le second. Je ne trouve pas mes mots non plus d’ailleurs…

    Pour les photos, mes préférées sont Dubaï à la nuit et les deux tours vues au crépuscule. Tes photos n’ont pas de gros défauts particuliers, si ce n’est que le traitement ne me plait pas toujours. Mais je suis novice en post-traitement, donc mes remarques ne seront pas forcément constructives ! Par exemple, pour la photo « Coucher de soleil sur la Burj Al Arab », je trouve que le vignettage est trop poussé. Cela assombrit beaucoup la photo, et n’apporte rien de plus : le sujet y étant centré, notre regard est déjà attiré vers lui, même sans vignettage 🙂 . Tes photos restent très jolies, et agrémentées de ce magnifiques textes, je dois avouer que l’on ne s’attarde pas vraiment sur les défauts!

    Cet article reste très joli, et termine en beauté cette série sur les Emirats Arabes Unis. Bravo !

  • Merci infiniment, Marion, ton commentaire me touche vraiment ! Merci de prendre le temps de lire, de réagir, de partager ces émotions, tu ne peux pas savoir à quel point cela me fait plaisir. Tes articles magnifiques me touchent aussi profondément, et je suis très heureuse de pouvoir partager tout cela avec toi. Merci infiniment.

    Et merci pour les commentaires sur les photos ! Concernant cette photo là, je vais t’envoyer un mail, en fait je n’ai pas utilisé de vignettage, mais j’ai dû assombrir la photo pour contrer un autre problème technique que je rencontre régulièrement et que je ne sais pas comment résoudre – je t’envoie un mail. Merci !

  • Wow j’aime bien ton blog moi aussi, très belle écriture.

    Continue 🙂

  • Merci beaucoup, Elise ! Je suis heureuse d’être entrée en contact avec toi.

  • Bel article. J’ai eu la chance de visiter Dubaï il y a 3 ans, j’ai vraiment adoré cette ville. J’aime beaucoup les villes modernes et je crois que Dubaï, c’est vraiment le top à ce niveau là. Burj Khalifa est tout simplement impressionnant !

  • Merci beaucoup, Mathieu, j’ai adoré ton article sur Dubaï, et je vois que nous avons ressenti les mêmes choses ! Très jolies photos, merci pour ce partage.

  • […] Voir le site […]

  • Je me souviens de cet article, je me souviens que les premiers mots me fascinaient et puis que j’ai oublié de revenir lire l’intégralité…
    J’adore ta réflexion en fin d’article, les 3 derniers paragraphes, elle reflète exactement mon sentiment ambivalent face à Dubaï : j’ai toujours critiqué sa demesure, mais qu’est-ce qu’elle me fait rêver ! Et les photos de ton article aussi. Ahhhh j’ai hâte de pouvoir y mettre les pieds, et peur de m’y perdre à la fois.

  • Merci infiniment, Julie ! Je pense que Dubaï va te plaire, ce sera une escale intéressante en route pour votre grand périple indien, et j’ai hâte d’avoir tes impressions et tes photos !

  • […] les Seychelles (officiellement les plus belles îles de ma vie à ce jour), l’Atlantis à Dubaï, ou la Gold Coast australienne. Mais a priori, la Saint Valentin, c’est plutôt un week-end […]

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