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21 octobre 2017    /    

Un mot après la tempête-

Il y a trois jours, j’ai posté sur ce blog un article intitulé #moiaussi dans lequel je témoignais de trois agressions sexuelles que j’ai subies entre l’âge de treize et vingt ans. La première a été commise par un ami, la deuxième par un inconnu, la troisième par un ancien ministre. C’est cette dernière qui a été particulièrement reprise et commentée par un grand nombre de médias français.

Happée par une déferlante

Au moment où j’ai écrit ce texte, mue par une colère trop longtemps cadenassée et portée par le courage immense des femmes qui ont témoigné, ces dix derniers jours, des violences qu’elles ont subies, je ne pouvais pas imaginer la portée qu’il aurait. Mais à partir des indices que je donnais dans mon texte, la rédaction de l’Express a rapidement trouvé le nom de mon agresseur. J’ai accepté de confirmer son identité, parce que je ne voulais plus vivre dans ce silence honteux.

Mon témoignage a déclenché une véritable déferlante médiatique, que je n’avais pas anticipée et qui m’a submergée. J’ai été très secouée, mais je ne regrette pas. Je crois que nous vivons un moment très important pour la cause des femmes, où l’omerta se craquèle et la honte change de camp. C’est une lutte pour le respect et la dignité en laquelle je crois profondément. Je n’ai pas voulu me dérober, d’autant que je me sais dans une position plus privilégiée que beaucoup de femmes qui ne peuvent pas dénoncer ce qu’elles ont subi, parce que leur agresseur continue d’avoir un impact direct sur leur vie et qu’elles ont tout à perdre, ou parce que personne ne les écoute. J’ai eu la chance d’être écoutée, et j’ai pu dire la vérité. Tout ce que je raconte est vrai et s’est déroulé exactement comme je l’ai dit dans mon précédent article. Cette certitude de vérité m’a permis de ne plus avoir peur.

J’ai choisi de m’exprimer une seule fois à la télévision, sur le plateau de Quotidien, où Yann Barthès et son équipe de chroniqueurs m’ont accueillie avec beaucoup de respect et d’empathie. Si vous voulez entendre mon témoignage sur cette affaire, je vous invite à regarder cette séquence : première partie de l’émission Quotidien du 20 octobre 2017 . J’ai pu y dire tout ce que j’avais à dire : le récit des faits, pourquoi j’ai parlé alors que je m’étais tue jusqu’ici, et mon espoir pour le monde à venir, où le respect mutuel permettrait des relations saines et amicales entre les hommes et les femmes.
Si mon agresseur m’attaque en diffamation, j’irai porter cette parole devant un tribunal. Mais il n’est pas question pour moi de revenir inlassablement sur ces évènements et je ne souhaite désormais plus m’exprimer, ni dans les médias ni sur ce blog, au sujet de cette agression.
Ces deux dernières journées ont été émotionnellement intenses pour moi. Revivre ces évènements en les racontant à plusieurs reprises, subir un déferlement de réactions et de sollicitations, c’est épuisant. J’ai maintenant besoin de me protéger, de couper un peu mon portable et de penser à autre chose. Il était prévu de longue date que je parte quelques jours en Allemagne, et cela tombe très bien : c’est ce que je vais faire.

La souffrance et la solidarité

Je voudrais remercier du fond du cœur celles et ceux qui m’ont témoigné leur soutien et dont les messages m’ont portée tout au long de la journée d’hier. J’étais dans un état de stress intense, et vos mots, le fait de sentir que vous me croyez, que vous me soutenez, m’ont permis de tenir debout et de porter mon témoignage avec confiance. Merci, merci, merci, je vous le dis avec émotion.

Au-delà de mon histoire à moi, ce qui m’a profondément bouleversée, c’est la vague de témoignages que j’ai reçus, en commentaire de mon article et par e-mail. De nombreuses femmes, mais aussi des hommes, sont venus me confier des souffrances si grandes que j’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant ces actes de violence glaçants et l’impact immense qu’ils ont eu sur leurs vies. Ce qui est fou avec le hashtag #moiaussi et la révolte des victimes à laquelle nous assistons, c’est la cascade de douleur et de secrets que libère chaque témoignage, comme si nous ouvrions la boîte de Pandore d’une souffrance trop longtemps refoulée. Je voulais dire à toutes celles et tous ceux qui m’ont confié ce qui les ronge depuis trop longtemps que je les crois, que leur peine me touche profondément, et les assurer de ma pleine solidarité.
Beaucoup disent ne pas pouvoir en parler à la police, ou même à leurs proches, par peur des conséquences, et je regrette vivement que certains nient cette impossibilité de la parole et pressent les victimes de reproches quant à leur silence. Gardez-vous de blâmer la victime qui craint d’empirer sa souffrance en la révélant. Mais j’espère que celles et ceux qui peuvent parler puiseront dans l’incroyable moment de vérité que nous vivons en ce moment la force de le faire. Je vous souhaite beaucoup de courage, et le soutien de vos proches.

Repartons en voyage

Après quelques jours de silence, le blog de voyage Itinera Magica reprendra son activité normale : célébrer la beauté du monde et la magie de l’instant. Evoquer la majesté des paysages naturels et la richesse du patrimoine culturel, inspirer à l’évasion en parlant de beaux hôtels originaux, de restaurants exigeants et d’expériences à vivre tout près ou très loin de chez soi, c’est ma passion et mon métier. Je suis journaliste et blogueuse voyage, et je vais continuer à faire ce que j’aime.

Vous avez été nombreux hier à me suivre sur Twitter, Instagram ou Facebook, ou à vous inscrire à ma newsletter. J’en suis évidemment heureuse, mais je ne voudrais pas vous décevoir quant au type de contenu que je publie : le voyage avant tout. Si je réfléchis à intégrer une dimension « société » plus importante sur Itinera Magica, la majorité des articles restera fidèle à ce qui a été ma ligne jusqu’ici, et je vous promets évasion, plaisir des lointains, légèreté. Si vous regrettez de ne pas m’entendre sur d’autres sujets, sachez que je suis en train d’écrire un essai pour les éditions Jean-Claude Lattès (dont le thème a été décidé avant le témoignage de mes agressions et qui ne sera pas un récit de ce type).
Mais sur ce blog, il sera toujours avant tout question de voyage. Mes prochains articles vous emmèneront à Saint-Tropez, en Aveyron, à Forcalquier, dans les Alpes, et au-delà de nos frontières. Le monde est vaste et la vie est courte, et je veux célébrer la beauté et le bonheur partout où on les cueille.

Il faut s’astreindre à la joie de vivre.

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22 commentaires pour
“Un mot après la tempête”

  • #love #etpuiscesttout

  • Je t’envoie tout mon soutien et mes plus douces pensées ! Profite de faire un break!

  • Etant à la Reunion, je n’ai pas cliqué sur ton article. Je comptais le faire à mon retour. C’est à ce moment là que ma mère (qui te suit et adore ton blog, je l’ai appris hier haha) est tombée sur un article parlant de l’agression, après avoir lu ton blog et a fait le rapprochement. Je suis aussi tombée par hasard hier sur toi au Quotidien.
    Au-delà de cette histoire dramatique, j’ai été admirative de ta façon de parler, de t’exprimer, bravo ! Mais quand on voit ta plume sur le blog, pas si étonnant 🙂
    Pour revenir à l’affaire, tu as bien raison. Tu as lancé une bombe. Maintenant les débats dévient un peu trop sur la réaction de ton père etc. Quel intérêt ? Le principal est que cet énorme pavé dans la marre puisse avoir plus d’impact sur cette longue marche vers une prise de conscience sur les divers harcèlements et agressions sexuelles que subissent les femmes.
    Alors un grand bravo. Beaucoup de courage si le procès a lieu… Et hâte de suivre la suite de tes aventures voyage qui nous mènent vers un monde meilleur…

    Julie 🙂

  • Cet épisode de ta vie est très personnel, merci de l’avoir partagé et d’avoir porté la voix de toutes les femmes qui se sont vues un jour touchées de près ou de loins par l’immondice.
    Après le courage qu’il t’a fallu pour affronter la tempête, il est temps de penser à toi.
    Tu t’es libéré un peu je l’espère d’un poids que tu portais. Nul ne peut juger tes choix ou ceux de ton papa, c’est votre histoire, vos sentiments, vos souffrances. Il te soutient dans tes choix et c’est honorable car j’imagine qu’en temps que papa il aimerai brûler vif celui qui touche à sa fille.
    Je te remercie pour cette parenthèse qui a permi de mettre des mots, de délier des langues et de donner le courage à certaines de sortir du silence.
    Nous avons hâte maintenant et comme toujours de te suivre dans tes découvertes et de rever avec toi…

  • votre courage et la déferlante inévitable ont donné la parole à celles et aussi ceux qui n’ont pas de voix . Merci aussi de dire clairement qu’il faut avoir l’espoir et surtout œuvrer pour cet espoir de vivre dans des sociétés de respect et de pleine dignite donnée à chacune et chacun. Vos voyages et récits partagent ces moments de grande joie et aussi d’humilité face à la beauté naturelle de notre planète si belle dans sa diversité. Racontez nous aussi ces voyages empreints d’échanges humains et voyages à l’intérieur du soi et de l’autre et tant d’autres êtres humains qui comme vous, mais sans en avoir la voix, rêvent d’un vivre ensemble empreint de respect et dignite. bon voyage et merci.

  • « Le monde est vaste et la vie est courte, et je veux célébrer la beauté et le bonheur partout où on les cueille.  » C’est joliment dit et tu as bien raison.
    Tu as du cran et des personnes prêtes à te soutenir coûte que coûte sont derrière toi (j’en suis), bravo d’avoir parlé pour celles qui n’ont pas pu le faire… J’ai du mal à comprendre les réactions et elles doivent te remuer c’est sûr. On comprend pourquoi c’est difficile à livrer lorsqu’on en voit les retombées et les réponses.
    Une fois, je rentrais chez moi, j’avais peut être 14 ans, un homme m’a suivi en scooter. Je me suis arrêtée face au portail de ma résidence alors qu’il m’accostait: « Tu es très jolie. », « Ca te dirait de faire un tour? »… J’ai refusé poliment, mais il insistait à tel point que mon coeur s’est resserré d’un coup. Je suis rentrée chez moi en l’ignorant, en ayant aussi super peur qu’il me suive. Une fois en haut, j’en ai parlé à mes parents en pleurs et leur réaction a été: « Tu abuses il t’a pas agressé non plus ! ». Que ce serait-il passé si cette scène avait eu lieu loin de chez moi? Je n’ose pas y penser. C’est comme cela qu’à 14 ans, j’ai compris qu’en tant que femme, tu avais le droit d’avoir peur et de fermer ta gueule, qu’il était normal qu’on te fasse des remarques déplacées, qu’on te propose des choses dégoûtantes, que c’était banalisé… Alors MERCI à toi de dire que non, ce n’est pas normal, que cela touche un homme ou une femme, ce n’est pas normal. Cela doit être dit et n’a pas à être jugé par des personnes extérieures qui a priori n’ont jamais vécu ce sentiment.
    Naïvement, j’ai encore de l’espoir pour ce monde mais purée, il y a du boulot !!
    Beau voyage à toi <3

  • Joli texte après la tempête.

  • J’adore la façon qu’a Yann Barthes de mener ce genre d’interview, toujours très respectueusement et presque solennellement.
    Je comprends que tu n’aies plus envie d’en parler, tout a été dit, par tous les canaux possibles.
    J’espère que tout ça n’aura pas de répercussion pour toi, et que les choses se calmeront. Profite bien de ton escapade en Allemagne.

  • Je me suis doutée, en lisant ton dernier article, que les réactions médiatiques ne se feraient pas attendre. Comme tu as bien fait de ne pas te taire! Je te trouve très courageuse. Tu es une femme brillante et respectable, ton témoignage est une chance pour toutes les autres femmes opprimées. Je t’embrasse!

  • Bravo pour votre courage. Les humains sont ambivalents et même un grand homme d’État peut avoir des pulsions sordides et passer à l’acte.Bien qu’ ayant une admiration pour l’homme d’État je vous crois sans hésitations.
    Femme de 59 ans j’ai vécu de 12 à 40 ans de multiples agressions, sans oser parler. MERCI .

  • Tu arrives à prendre du recul alors que c’est si récent ! Tu m’épates encore et toujours, bravo à toi de rester droite face à cette épreuve. J’ai hâte de lire de nouveau tes articles voyages traités avec l’humour et la bonne humeur qui te caractérisent. Une grosse bise, ressource toi bien loin de tout ça.

  • Ce petit mot, que l’on sent sincère, est très touchant. Repose-toi bien en Allemagne Alexandra, et reviens dès que tu le sens avec plein de belles histoires à conter 💜

  • […] l’avoir agressée sexuellement, l’écrivaine Ariane Fornia signe ce samedi 21 octobre un nouveau billet de blog pour expliquer pourquoi elle ne souhaite plus s’exprimer sur le […]

  • Ce que j’ai pensé à toi ces derniers jours en voyant cette déferlante dans la presse, et les commentaires immondes pour certains, heureusement plus positifs pour d’autres qui en ont découlé. J’espèrai vraiment que tu ailles au mieux pendant tout ceci et ton joli message que je viens de lire me rassure ✌ . Bravo pour tout, pour la personne que tu as l’air d’être et pour tes partages.
    Et bien sur, hâte moi aussi de suivre tes prochaines balades 😊

  • Je en sais pas qui est ton agresseur, je sais que plusieurs hommes ont été épinglés suite aux nombreux témoignages.Personnellement, je n’ai pas eu le courage de balancer le(s) mien(s), il est hors de question de revenir sur le passé, c’est pas courageux, je sais 🙁
    Tu as eu du courage.
    Maintenant, place au voyage !

  • De douces pensées pour toi Ariane. Je viens de me « reconnecter » un peu sur Twitter et découvre alors tes derniers posts, découvre ta parution dans le Quotidien. je pense à toi, reprends de l’énergie et retrouve ton joli souvenir et reviens nous avec de beaux récits. Je t’embrasse

  • Je viens de tout lire. Dans le tourbillon médiatique des derniers jours, je n’avais pas vu passer ton billet précédent. Je n’en reviens pas! Il faut vraiment se cobsidérer au-dessus de tout – y compris de sa propre femme – pour agir ainsi. Merci pour ce témoignage et pour tes réflexions. 😘

  • J’ai un peu délaissé la toile et les réseaux sociaux ces derniers temps… J’ai pourtant voulu prendre part aussi au début du #moiaussi ! Ton témoignage me touche profondément. Bravo ! C’est mon seul mot… Tu es un exemple <3

  • Juste un tout petit mot pour te dire que loin de France je viens de voir ton billet. je te souhaite de belles journées en Allemagne et de très beaux voyages ensuite. Et je te félicite pour ton courage. Bises. Solange

  • Mon dieu ! J’arrive 100 ans après la guerre mais je n’était pas au courant de cette polémique ni même de ton intervention dans Quotidien que je suis d’habitude très régulièrement…
    Je félicite ta bravoure et espère que cette histoire ne t’aura pas trop affectée (car ce n’est pas toi qui devrait l’être). Hâte de te retrouver sur des sujets plus légers et qui te rendent heureuse 🙂

  • Coucou
    On ne se connait pas très bien, mais un petit mot pour témoigner ma solidarité. J’espère que tu vas bien et n’ai pas trop ébranlé par cette « tempête ».
    En tout cas : bravo pour ton témoignage et ton franc parler…
    A bientôt, sur de plus chouettes sujets !
    Aurélie

  • Merci Alex d’avoir eu le courage de mettre des mots sur la souffrance cachée.
    Merci pour celles qui ne peuvent pas parler sauf à dire #moiaussi.
    Continue à nous faire rêver, merci pour ça aussi.
    Je t’embrasse
    Chris

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