La Voie de Rocamadour : 3 jours sur le GR46 dans le Lot-
Avez-vous déjà rêvé de faire Saint-Jacques de Compostelle ? Parmi tous les chemins de randonnée jacquaires en France, le Lot compte peut-être bien les plus beaux. C’est parce que le pays des causses du Quercy m’a hypnotisée que je reviens toujours marcher sur les chemins de Saint Jacques dans le Lot.
Sur l’iconique voie du Puy, quand le marcheur à la coquille arrive à Figeac, il a trois choix : continuer sur le GR65 classique, prendre la Voie du Célé ou faire le détour par Rocamadour sur la Voie de Rocamadour. Ces deux dernières options sont absolument grandioses et comptent parmi les plus beaux chemins jacquaires du monde. Cet article se concentre sur la seconde partie de la voie de Rocamadour : Rocamadour à Saint-Cirq-Lapopie.
Relier en trois jours de marche seulement deux des villages les plus iconiques et saisissants du Lot, c’est ce que propose cet itinéraire sur le GR46 de Rocamadour à Saint-Cirq-Lapopie. Ce tronçon de la Voie de Rocamadour est un véritable nectar des beautés du Lot, entre villages funambules accrochés à la falaise blonde, charme ancestral des causses du Quercy, et féeries aquatiques des vallées du Vers et du Lot. On passera par l’histoire napoléonienne à Labastide-Murat, par une forêt magique à Vers, et surtout, on arpentera un itinéraire historique d’une puissance symbolique infinie : parce que Rocamadour était au Moyen-Âge l’un des 4 grands sanctuaires de la chrétienté, une foule immense de pèlerins a sillonné les sentes sablonneuses du causse depuis mille ans, et laissé des traces émouvantes de son passage partout. Nous marchons au cœur du mythe.





Arriver à Figeac depuis le Puy et faire un choix : GR65, Voie du Célé ou Voie de Rocamadour
Au cœur de cette Occitanie si fervente et riche d’histoire, le Lot est un véritable carrefour des chemins jacquaires. En arrivant ici, vous devrez faire des choix.
Revenons un petit peu en arrière.
Comme beaucoup de pèlerins, vous partirez du Puy-en-Velay et emprunterez la « voie du Puy ». Mon premier tronçon de la via podiensis fut de randonner sur le chemin Le Puy-Conques, à découvrir dans cet article.
Deux ou trois étapes après Conques, vous arriverez à Figeac, superbe cité médiévale au cœur parfaitement conservé (et énorme coup de cœur pour moi : cette ville est un bijou, et ça annonce bien la suite). Depuis Figeac, vous avez trois options pour continuer votre route en direction de Cahors :
– par le GR65 « classique », via Cajarc et Limogne-en-Quercy
– par la Voie du Célé, où vous longerez le Célé en passant par Saint Cirq Lapopie
– par la Voie de Rocamadour, où vous remonterez vers Rocamadour en passant par Gramat sur le GR6

Si vous choisissez de prendre la voie de Rocamadour, vous aurez une fois à Rocamadour là encore deux options :
– partir vers l’Ouest par le GR652, en direction de Gourdon. C’est ce que j’ai fait dans cet article : le GR652 au départ de Rocamadour. Si vous le continuez, cet itinéraire ne vous fera pas passer par Cahors, mais par Agen et Condom.
– continuer sur la Voie de Rocamadour par le GR46 et redescendre vers Cahors en passant par Saint-Cirq-Lapopie. Vous retrouverez donc le GR65 à Cahors et aurez rapidement le plaisir de faire le tour de Montcuq.
Voici l’article récapitulant ces différentes voies jacquaires : Saint Jacques dans le Lot.

La Voie de Rocamadour est donc un sublime détour qui s’écarte du GR65 classique pour y revenir à Cahors en passant par l’un des plus beaux sanctuaires du monde, cette citadelle enchâssée à même la roche, Rocamadour.
Pour arpenter la voie de Rocamadour dans sa totalité, il vous faudra selon les étapes classiques :
– 3 jours de marche de Figeac à Rocamadour, cf mon article Saint Jacques dans le Lot : je l’ai fait en 2022 et j’ai adoré
– 3 jours de marche de Rocamadour à Saint-Cirq-Lapopie
La Voie de Rocamadour dans son intégralité (6 jours de marche hors trajets) peut donc être l’objectif d’une superbe semaine de vacances itinérantes, sportives et contemplatives dans le Lot. Je vous raconte ici le tronçon Rocamadour-Saint-Cirq-Lapopie.

Revenir dans le Lot au printemps : le bonheur floral
Après avoir toujours marché sur les chemins de Saint Jacques en plein été, j’ai eu l’impression de redécouvrir le camino lotois en venant cette fois en avril. Explosion d’orchidées sur les causses, et un camaïeu de mauves et de violets fascinant dans toutes les bastides et les chemins : des glycines drapant les façades de leurs émouvants ondoiements, des lilas occupant tout le nuancier du blanc au violet, des arbres de Judée tendant leurs bras christiques vers le ciel… c’est beau, c’est incroyablement beau ! Je trouve que les fleurs du printemps portent une émotion toute particulière et elles me mettent infiniment en joie.









Mes plus belles glycines : même si j’ai adoré les glycines de Montfaucon et de Saint Cirq Lapopie, mon coup de cœur floral va à l’hôtel-spa Le Saint Cirq, à qui je décerne le prix de plus belle glycine du Lot. Des tonnelles surchargées d’un délicat violet, c’était de toute beauté !


Visiter Rocamadour et avoir la cité sacrée pour moi toute seule
Je n’oublierai jamais notre première nuit à Rocamadour, un soir d’avril : la cité sacrée baignée d’une douce lumière, le feu des lampes sur les arcades et les voûtes, la solitude inouïe du hors saison et l’impression mystique d’avoir le sanctuaire rien qu’à soi.



C’est la 5e fois que je viens à Rocamadour, et je suis toujours aussi touchée. Cette citadelle n’est pas que belle, elle est aussi vivante et vibrante de foi, peuplée de religieux qui prient, chantent et accueillent, qui perpétuent l’histoire incroyable de ce lieu hors normes depuis un millénaire.
Rocamadour est un mythe taillé à même la pierre, une citadelle que la foi a sculptée dans la falaise blonde du Quercy. C’est en 1166 que le corps miraculeusement préservé de Saint Amadour est découvert dans un tombeau troglodyte ; c’est au XIIIe siècle qu’est édifié ce miracle de l’architecture semblant défier la gravité, un sanctuaire jailli de la roche. Dans la chapelle éclairée de cierges, on prie la Vierge noire, sainte patronne des marins perdus en mer, à qui de nombreux miracles nautiques sont attribués – d’où les nombreuses maquettes de navires suspendues dans la nef. Près de l’autel de la grande église, ce sont les reliques de Saint Amadour qui sont vénérées. Et dans une anfractuosité de la roche, on s’émerveille de trouver Durandal, qui serait l’épée de Rolland miraculeusement jetée là depuis les Pyrénées…


« L’espérance ferme comme le roc, firma spes ut rupes », telle est la devise de Rocamadour, et l’atmosphère solennelle et fervente de ce lieu hors normes saura toucher tous les cœurs, qu’on soit croyant ou non. Je le suis, et j’ai ma sportelle bénie par les Frères dans la chapelle de la Vierge noire, talisman des pèlerins.


Où manger à Rocamadour ? Je vous ai dit que j’étais catholique, mais attention cher lecteur, je n’ai fait aucun vœu d’ascèse, et ce pèlerinage lotois l’illustre clairement. Vous pouvez aussi suivre mon compte Instagram itinerassiette pour toutes les bonnes adresses. Nous sommes venus dans le Lot après le carême, fort heureusement, et je dois vous faire une confession : je ne viendrai JAMAIS dans le Lot avec un objectif ascétique ou diététique, car on mange fabuleusement bien ici ! Il y a un tel souci d’authenticité, de respect du produit local et d’amour du terroir… cela se ressent dans chaque assiette. Au pays du canard sous toutes ses formes, du cabécou et du Rocamadour, de la truffe et du safran, des melons du Quercy et des fraises, vous trouverez des tables généreuses et conviviales dans de nombreux gîtes d’étape, chambres d’hôtes et restaurants.
A Rocamadour, nous avons commencé notre séjour par le fabuleux restaurant Jehan Le Vallon à l’hôtel Beau Site. Suspendu sur une terrasse au-dessus de l’Alzou, ce gastronomique raffiné nous a éblouis avec sa panacotta de canard, son tataki de magret, ses pâtes à la truffe ou encore ses pâtes au foie gras – une déclinaison élégante et originale des délices lotois !


Où dormir à Rocamadour ? Nous avons dormi dans la douceur et la simplicité au gîte Lou Cantou, qui séduit par ses tarifs très bon marché. Au-dessus d’une chapelle remplie de plantes tropicales – sublime juxtaposition de la Vierge et des oiseaux de paradis – et d’un jardin de roses au-dessus de l’Alzou, on dort dans des chambres très frustes et simples, un lit, un crucifix, un lavabo. C’est simple, monacal et efficace pour des marcheurs fatigués. Les douches sont communes, les tarifs doux et le petit-déjeuner très simple fonctionne sur le principe du donativo (don libre). Bien sûr, Rocamadour compte aussi toutes sortes d’hôtels plus haut de gamme si vous le souhaitez.


Se préparer à marcher sur le chemin de Saint Jacques : petite check list
Voici le pense-bête des choses que je vous recommande d’avoir avec vous en quittant Rocamadour. Les étapes sont longues sur ce GR, et vous ne pouvez pas les couper à moins de bivouaquer, pensez à la santé de vos pieds !
- de bonnes chaussures de randonnée, que vous aurez déjà testées et faites à votre pied
- des chaussettes spéciales rando : j’adore les Decathlon « doubles » qui évitent les frottements
- du stick prévention des ampoules Compeed : oui, ça marche vraiment !
- des pansements Compeed (ce n’est pas sponso, mais ils sont vraiment mieux que les autres. Pensez au multipack adapté à toutes les formes d’ampoules, j’en ai eu des très étonnantes et insolites, comme sous et entre les orteils, et Compeed les avait anticipées)
- une aiguille pour percer l’ampoule sans l’arracher (croyez moi sur parole, c’est important)
- de l’anti-moustiques : vous serez souvent au bord de l’eau, notamment le 2e jour
- et bien sûr la base, crème solaire, lunettes, casquette, eau
- un pique-nique : vous ne trouverez rien à manger sur l’étape Rocamadour – Labastide-Murat, achetez votre pique-nique à Rocamadour. Ca vous étonne si je vous dis que la boulangerie où on l’a pris s’appelait L’ami canard et proposait des sandwichs au foie gras ?

Voie de Rocamadour : de Rocamadour à Labastide-Murat
C’est une longue et belle première journée qui nous attend : 26 kilomètres, 750D+ dans les causses vallonnés du Quercy. La première étape sera la plus intense, mais quelle beauté !
On quitte Rocamadour par un sentier ascendant sur le causse, et il ne faudra pas oublier de se retourner souvent pour voir la silhouette incroyable de la citadelle se découper dans la falaise. Une fois sur le causse, les troupeaux de chèvres amicales rappellent que nous sommes bien au pays du Rocamadour AOP, le plus délicieux des petits fromages frais ! On fera un pique-nique dans l’herbe verte, avec un Rocamadour bien sûr (acheté le matin).
J’adore l’architecture du parc naturel régional des Causses du Quercy : murets de pierres sèches bordant les chemins, belles maisons quercynoises à la forme typique, petites cazelles, tout a un charme fou. Je pense vraiment que le Lot, l’Aveyron et la Dordogne ont la plus belle architecture française – leurs villages sont d’une beauté inouïe, vive l’Occitanie ! La pierre du causse est belle comme un pain de mie juste doré, blonde et chaleureuse, on a envie de la croquer.



Au milieu des bois, on tombe sur une sorte de chalet forestier en rondins au charme sylvestre, une vraie maison de lutins remplie de ces manifestations de foi si émouvantes qu’on trouve toujours sur le chemin de Saint Jacques. Cahiers, chapelets, coquilles, ex-voto improvisés, drapeaux de prières, suppliques à l’intention des prochains marcheurs… le cœur du camino bat. Tellement émouvant d’imaginer que nous mettons nos pas dans ceux des pèlerins d’il y a 500 ans ou plus, tellement fort d’appartenir à cette chaîne humaine au fil des siècles. Mon cœur se serre en découvrant le portrait d’enfants décédés et la demande d’une parente appelant à prier pour eux et pour leur maman (je le fais, évidemment). Je souris en lisant des rimes un peu bancales de poètes improvisés, et je me marre franchement avec ceux qui prient pour la fin des ampoules (pardon Seigneur de blasphémer, mais Compeed est plus efficace que JC sur ce coup-là).

On fond pour Montfaucon, une superbe bastide occitane typique : ces villes au statut particulier, jouissant de libertés notamment commerciales, ont été bâties à la fin du Moyen-Âge pour favoriser les échanges, les marchés et grandes foires, et ont un plan carré très caractéristique, avec des rues larges permettant le passage des caravanes marchandes.




Un dernier effort, une dernière montée, et nous arrivons à notre étape pour la nuit, Labastide-Murat où nous dormons au Gîte d’étape les Volets rouge. Repos bien mérité dans ce joli gîte où Bouddha nous accueille dans le jardin et où le coucher de soleil est grandiose. Et vous ne devinerez jamais ce qu’on a eu au dîner. Allez, je vous aide… un parmentier de canard ! C’est fait maison, c’est généreux et c’est bon, et nous avons même eu droit au cabécou.

Où dormir et manger à Labastide-Murat ? Accueil chaleureux au gîte d’étape Les volets rouges, pensé pour permettre aux marcheurs de se reposer. Le dortoir est joliment aménagé avec de petites alcôves à rideaux pour plus d’intimité, et si votre budget vous le permet, vous pourrez aussi dormir en chambre double, avec salle de bain partagée. Le repas se prend en table d’hôtes et notre hôtesse est une excellente cuisinière. C’est généreux et c’est typique !

En chemin sur le GR46 dans le Lot : de Labastide-Murat à Vers
Il y a un type de paysages que j’ai découvert lors de mon premier voyage dans le Lot, que je n’ai pas encore revu ailleurs et qui me fascine complètement depuis : les ripisylves. Cette journée me permettra de les retrouver, et vous allez voir, cela vaut le détour.

Après avoir exploré Labastide-Murat, qui doit son nom au général d’Empire, roi de Naples et beau-frère de Napoléon Joachim Murat (quelle ascension rocambolesque pour ce fils d’aubergistes du causse, j’adore cette histoire !), nous nous mettons en chemin.




Cette journée sera résolument placée sous le signe de l’eau. Depuis le Causse de Gramat, où se situe Labastide-Murat et où la rivière Vers prend sa source, nous allons quitter le milieu sec et calcaire du causse pour descendre vers la vallée du Lot en suivant les cours d’eau. Cette journée compte plus de dénivelé négatif, nous quittons les hauteurs pour rejoindre la fraîcheur : 25km, 200D+ pour 500D-.
Après un long cheminement sur le causse, nous descendons d’abord la rivière Rauze, puis le Vers, et nous voyons le paysage se transformer complètement sous cette influence aquatique. Dans ce décor rafraîchissant de ruisseaux et de canaux sur lesquels les siècles ont jeté de petits ponts de pierre, la végétation s’enivre de l’humidité ambiante et dessine une véritable forêt enchantée : des draperies de mousses épaisses viennent habiller les troncs, formant de véritables tunnels verts le long de l’eau. L’ambiance est fraîche et poétique, l’imagination la peuple d’elfes et de fées ! On appelle ce type de forêt si particulier une ripisylve, forêt des rives, et cela restera une des merveilles naturelles de cette superbe randonnée.





Sur cette journée, nous croiserons à nouveau deux abris spécialement aménagés pour les randonneurs sur le camino, qui ne sont pas des gîtes d’étape mais des abris de fortune et des sanctuaires poétiques : un dans le village de Cras au sein d’une ancienne chapelle, et un sur les rives du Vers au milieu des bois. Là encore, les pèlerins immortalisent leur passage dans des livres d’or, des cahiers de prières, accrochent des poèmes et des petits mots, et cela achève de nimber cette forêt féerique d’un halo mystique : nous ne sommes pas sur un simple trek, nous sommes en chemin.


L’arrivée à Vers est absolument magnifique. C’est un paysage de carte postale, une idylle lotoise. Il y a tout, la falaise blonde du Quercy, l’eau presque turquoise, le soleil du midi et ces constructions acrobatiques qu’on adore inventer dans les causses, maisons semi troglodytes, balcons funambules et viaducs audacieux. Avant de se jeter dans le Lot, la rivière Vers a creusé une gorge pittoresque sur laquelle on a érigé de hauts ponts, et les berges sont truffées de petites plages et de criques qui invitent à la baignade. Mais on ne le fera pas, parce qu’on a pris l’option hôtel-spa et que c’est encore mieux… Coup de foudre pour le spa de la Truite dorée !




Où dormir et manger à Vers ? Vers compte plusieurs gîtes d’étape bon marché, mais nous avons pris la variante luxueuse en faisant halte à La truite dorée, une véritable institution de la vallée du Lot : depuis 1888, cinq générations d’hôteliers et restaurateurs accueillent les voyageurs dans cette magnifique demeure quercynoise du XIVe siècle aujourd’hui transformée en hôtel-spa idyllique. Qu’est-ce que j’ai aimé la gentillesse de l’accueil et la beauté du spa après une longue journée à avoir mal aux pieds ! Le spa est magnifique, et le restaurant est réputé pour sa qualité et son authenticité. Quand la moitié du resto est occupée par des locaux venus fêter une occasion spéciale ou juste se retrouver autour d’un bon verre de Cahors, c’est bon signe : la Truite dorée, c’est une valeur sûre. On vous conseille la truite, évidemment !




Randonnée sur la voie de Rocamadour : étape de Vers à Saint-Cirq-Lapopie
La dernière étape est la plus courte, 24 kilomètres, mais attention, les 500D+ sont bien ramassés : après avoir quitté les Causses la veille, il faudra faire chauffer les mollets pour les retrouver ! Au sommet d’une looongue montée en plein soleil sur le causse, on tombe sur un frigo au milieu de nulle part, branché, avec des Coca et Ice Tea bien frais, et une tirelire à côté. Ce sont les miracles du camino : l’ingéniosité des locaux qui comptent sur l’épuisement (et l’honnêteté) des randonneurs ! Merci Joël pour ton frigo en pleine nature, cette boisson m’a requinquée. Outre les Ice Tea providentiels, ce dénivelé réserve aussi quelques très beaux panoramas : dans ce décor de plateaux calcaires sculptés par la puissance des rivières, plusieurs points de vue sur les méandres de la vallée ont des airs de tableau romantique. Et en effet, ce chemin a inspiré les artistes : de Bouziès à Saint-Cirq-Lapopie, il faudrait être peintre à son tour pour croquer la majesté des lieux !


C’est à Bouziès que nous empruntons le sentier de balade le plus iconique du Lot : le célèbre chemin de halage, creusé à même la roche afin de permettre aux hommes et aux mules de tirer depuis la rive les barges remontant le courant. Dans la lumière du matin, le spectacle est particulièrement saisissant : la pierre se fait d’or pur, et on marche sous un auvent de roche dans un décor de cinéma ! J’ai enlevé mon short poussiéreux et mis ma plus belle robe de randonneuse pour rendre hommage à ce site iconique et si photogénique : c’est la Tour Eiffel du Lot, l’incontournable ! Venez le soir ou le matin tôt pour l’avoir pour vous tout seuls.




Un dernier effort, une dernière montée, et c’est le clou du spectacle : l’iconique Saint-Cirq-Lapopie, qui fut le premier « village préféré des Français » lors du lancement de l’émission de Stéphane Bern, et qu’André Breton a fait connaître au monde entier. Installé dans une maison du XIIe siècle au cœur de Saint-Cirq-Lapopie, il a écrit « j’ai cessé de me désirer ailleurs », et a fait venir ses amis artistes de toute l’Europe pour qu’ils s’inspirent à leur tour de ce bijou lotois. Il faut dire que l’histoire de ce village est pleine de panache. L’ambiance est épique sur la colline au-dessus du Lot, avec trois familles rivales acharnées, et c’est un peu Game of Thrones au pays du canard, notamment lorsqu’un seigneur pique le château du voisin pendant qu’il est parti à la messe. Ce décor de ruines romantiques nous fascine, et au printemps au milieu des glycines, nous n’avons aucun mal à nous ranger à l’avis télévisé : nous aussi, c’est notre village préféré !




Et c’est une fin grandiose pour ces trois jours intenses, sportifs et sublimes, qui nous ont conduit jusqu’ici depuis Rocamadour. Ce GR46, la voie de Rocamadour, est incontestablement un des plus beaux itinéraires menant à Compostelle, parole de marcheuse récidiviste : vous serez subjugué !
Et si jamais votre route ne s’arrête pas ici, vous rejoindrez le jour suivant Cahors pour reprendre le GR65 et continuer votre chemin de Saint Jacques dans le Lot et plus loin.

Où dormir à Saint-Cirq-Lapopie ? Pour les pèlerins soucieux de ménager leur budget, vous trouverez des gîtes d’étape appropriés. Mais pour une parenthèse luxueuse et idyllique avec la plus belle vue sur le village perché, ce sera à l’incroyable hôtel-spa Le Saint Cirq, situé sur l’autre rive du Lot, en face du village, avec son immense piscine et son panorama inouï. Attention si vous êtes à pied, comptez une grosse demi-heure de marche et encore des kilomètres et du dénivelé pour le rejoindre – mais la récompense est à la hauteur de l’effort ! On vous l’avoue : on avait laissé notre voiture à Saint-Cirq-Lapopie, on a donc fait ces deux derniers kilomètres avec le séant confortablement installé, mais le site aurait mérité qu’on vienne même à pied. Une piscine avec vue sur le village de Saint-Cirq-Lapopie, et une autre immense piscine intérieure derrière une verrière lumineuse, des tonnelles couvertes de glycines, des transats au milieu des vignes, c’est une carte postale de la France parfaite et c’est incroyablement séduisant.



Où manger à Saint-Cirq-Lapopie ? Le village compte nombre de superbes restaurants (déjà testés lors de précédentes vacances lotoises), mais cette fois nous sommes restés à notre hôtel Le Saint-Cirq sur l’autre rive à Tour-de-Faure, et nous avons eu deux repas d’exception.
Au dîner chez le voisin immédiat de l’hôtel (une minute à pied), nous avons mangé à La table d’André, LA plus belle vue qu’on puisse imaginer pour un restaurant lotois : vous êtes sur une immense terrasse baignée de lumière face à Saint-Cirq-Lapopie, et vous vous sentez devenir peintre ou poète tellement c’est beau. Et que dire de l’assiette… un repas bistronomique raffiné et authentique, ancré dans le terroir, mais rempli de subtilité et d’originalité, que nous avons ADORE. Énorme coup de foudre pour cette table.




On s’était dit qu’on se calmerait au petit-déjeuner, mais c’était sans compter le buffet… le plus beau brunch du Lot, c’est ici, au Saint-Cirq. C’est simple, j’ai rarement vu un petit-dej aussi parfait, entre pain perdu maison, coupelles débordantes de fraises et autres fruits frais, Rocamadour à volonté… finir un pèlerinage ici, c’est avoir déjà sa place au paradis ! On repart en ayant marché 79 kilomètres sans avoir perdu un gramme, mais cela valait le coup : ce pays est délicieux !


Questions pratiques sur le GR46 pour les randonneurs :
Trouver son chemin :
Le GR est bien balisé, mais il est facile de rater un embranchement sur une longue journée, et je suis la spécialiste de ce genre de fantaisies qui font mal aux pieds. On vous conseille de télécharger les tracés GPX disponibles sur le site de Lot Tourisme, étape par étape. Si vous préférez avoir une carte papier, le topo du GR46 sera dans le Miam Miam Dodo Voie du Célé – Voie de Rocamadour.

Réserver ses étapes :
Même s’il existe sur le parcours des abris de fortune pour les voyageurs surpris par un imprévu, on vous recommande de réserver vos hébergements en avance pour plus de confort et de sérénité, d’autant que certains établissements ont de petites capacités.
Niveau physique :
Le GR46 reste un GR accessible, loin des épopées montagnardes que réservent certains massifs français : rien à voir avec le Grand Tour des Ecrins, mon trek le plus difficile à ce jour, ni même avec le Tour des Glaciers de la Vanoise, plus facile mais qui a beaucoup plus de dénivelé. Saint-Jacques reste un chemin abordable à toute personne capable de marcher.
Mais sur ce tronçon précis, Rocamadour à Saint-Cirq-Lapopie, la longueur des étapes ne doit pas être sous-estimée : contrairement au GR65, qui offre beaucoup plus de possibilités de découpage des journées, le choix des hébergements est ici plus limité et vous force à faire de grosses journées. Il est recommandé de s’être déjà testé sur un tronçon plus facile (par exemple Le Puy-Conques ou Le Puy-Figeac) avant d’emprunter cet itinéraire-là.

Marcher avec son chien :
Le GR46 n’est pas interdit aux chiens, mais en revanche, la plupart des gîtes d’étape dédiés aux randonneurs ne les acceptent pas. Pour voyager avec votre chien, il vous faudra soit privilégier l’option bivouac/camping, soit au contraire viser des hébergements haut de gamme acceptant les animaux moyennant un supplément. Faites aussi attention à la longueur des étapes : 26, 25, 24 kilomètres enchaînés, ce n’est pas à la portée de tous les canidés et ça peut brûler les coussinets… votre chien aussi devra être entraîné. Je n’ai pas souhaité prendre ma Nevada.
Transport de bagages et navettes
La référence sur les chemins de Saint Jacques pour tout ce qui concerne les navettes et transports de bagage reste La malle postale. N’hésitez pas à les solliciter : il n’y avait rien de possible, ni navette ni transport de bagages, sur notre itinéraire en avril (trop hors-saison), mais c’est peut-être différent en plein été. Pour quelques jours de marche avec des nuits confortables en gîte d’étape ou hôtel, porter nos affaires ne nous a pas dérangés. Concernant les voitures : nous avons laissé les nôtres à Saint-Cirq-Lapopie, fait le trajet Saint-Cirq-Rocamadour en taxi à l’aller, pour les retrouver au point d’arriver. Encore une fois, il y a sans doute plus d’options de navettes en plein été. N’hésitez pas à regarder les cars LIO Occitanie et les services de la Malle postale. Pour une arrivée en train, la gare la plus proche est Cahors, et vous trouverez des bus Cahors-Saint-Cirq-Lapopie.
Les chemins de Saint-Jacques dans le Lot, merveilleuses randonnées
Marcher dans le Lot est toujours source d’émerveillement, et je pense sincèrement que les deux alternatives au GR65 au départ de Figeac, la Voie du Célé et la Voie de Rocamadour, font partie des plus belles portions qui existent sur le Chemin. Elles sont plus sportives que le chemin classique, car elles passent par les causses et forcent donc à encaisser du dénivelé, mais elles restent accessibles et valent infiniment le détour. Je vous les recommande très chaleureusement.
N’hésitez pas à lire mes autres articles consacrés au Lot :
Road trip dans le Lot
Les chemins de Saint Jacques dans le Lot (avec notamment Rocamadour partie 1 et Célé)
Le GR652 au départ de Rocamadour via Gourdon
Ce pays mérite qu’on y revienne, en voiture, en train, à vélo, à cheval ou à pied !
Un immense merci à Lot Tourisme pour leur accueil chaleureux et de m’avoir permis de tant explorer votre merveilleuse contrée ! Et un merci tout spécial à Cathy qui est géniale.
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