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23 juillet 2026    /    

Randonnée et patous : partager la montagne-

Chaque été, la présence des chiens de protection, qu’on appelle aussi patous, suscite de nombreuses interrogations chez les randonneurs. Faut-il avoir peur des patous ? Comment réagir lorsqu’on en rencontre un ? Que faire si l’on randonne avec son chien ? Peut-on encore profiter de la montagne sereinement ?
Grande amoureuse des Alpes, passionnée de randonnée et propriétaire d’une chienne que j’adore, une golden retriever appelée Nevada, je me pose toujours la question de la bonne cohabitation avec les troupeaux et les patous.
Dans cet article nourri par mes expériences et rencontres en montagne, je vous propose de mieux comprendre le pastoralisme, le travail des chiens de protection et les bons réflexes à adopter sur les sentiers. Vous y trouverez également mes conseils de randonneuse et de pratiquante du canitourisme, ainsi que des ressources utiles pour préparer vos sorties lorsque vous partez, avec ou sans votre chien.
Je crois qu’avec un peu d’anticipation, de compréhension et de respect, il est possible de cohabiter sur les sentiers entre randonneurs, troupeaux, bergers, chiens de protection et chiens de compagnie… pour partager la montagne en toute sérénité.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
Le pastoralisme : une pratique ancestrale qui a sculpté nos montagnes et leur identité…
Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
… qui a dû s’adapter à la présence du loup et avoir recours aux chiens de protection, ou patous…
Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
… ce qui a des conséquences pour nous les randonneurs, surtout quand nous partons avec notre chien.

Cet article a été rédigé avec le soutien de Pasto Kezako, le site de référence quant au pastoralisme. Il regorge de ressources, de conseils, d’études et de réflexions passionnantes. Je vous le recommande très chaleureusement : c’est une mine d’or. Il contient notamment la carte Map Patou, qui est à mes yeux un incontournable pour tout randonneur en Auvergne-Rhône-Alpes : elle permet de localiser les troupeaux et patous pour mieux préparer sa sortie.

Le pastoralisme : l’âme des montagnes

Le pastoralisme ? Revenons à la définition la plus simple de cette pratique ancestrale : c’est le fait de conduire les troupeaux sur des pâturages naturels afin qu’ils s’y nourrissent. Dans les Alpes, on parle d’alpages ; dans les Pyrénées et le Massif central, d’estives. Ces deux termes désignent les pâturages d’altitude où les troupeaux passent l’été, pour manger la bonne herbe des montagnes.
Le pastoralisme ne concerne d’ailleurs pas uniquement les montagnes : selon les régions, il s’exerce aussi dans les collines, les marais ou d’autres milieux naturels, avec des pratiques adaptées à chaque territoire. Je vous parle dans cet article des Alpes, que je connais bien et aime profondément.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
Berger avec ses chiens à Cordon dans les Alpes

Lorsque l’on évoque le pastoralisme, beaucoup de randonneurs pensent d’abord aux troupeaux, aux chiens de protection ou aux contraintes que peut représenter leur présence sur un sentier. Pourtant, cette pratique est bien plus qu’un simple mode d’élevage : elle fait partie de l’identité même des Alpes.

Les Alpes ? Le mot lui-même a été façonné par les sabots des troupeaux : une alpe désigne traditionnellement un pâturage d’altitude où les troupeaux sont conduits durant l’été. C’est de ce terme qu’est né le mot alpage. Autrement dit, avant d’être des montagnes, les Alpes sont dans la langue commune, depuis des siècles, des estives, des terres de pâturage. Le pastoralisme n’est pas juste un usage de nos montagnes : il est au cœur de son histoire et de son identité.
Lorsque nous admirons un vaste alpage couvert de fleurs, une prairie ouverte offrant une vue spectaculaire sur les sommets, un chalet isolé ou un troupeau de vaches portant leurs sonnailles, nous avons parfois l’impression d’être face à une nature intacte. En réalité, ces paysages sont le résultat du travail patient des femmes et des hommes qui vivent et élèvent leurs troupeaux en montagne depuis des siècles.

Les géographes parlent d’ailleurs de paysages culturels : des paysages façonnés par l’interaction entre la nature et l’activité humaine. Sans le pastoralisme, une grande partie des alpages que nous connaissons aujourd’hui n’aurait probablement pas cet aspect. Sans les troupeaux, les prairies s’enfrichent et s’ensauvagent. Peu à peu colonisées par les arbustes puis par la forêt, elles disparaissent et referment le paysage.

Un fait méconnu au sujet de la "reine des Alpes", chardon bleu emblématique du parc national des Ecrins : cette fleur protégée a besoin de prairies ouvertes pour pousser, les troupeaux sont donc ses alliés. La déprise agricole et la friche qui en résulte (là où les troupeaux s'en vont, la broussaille gagnent) sont la plus grande menace pesant sur elle.
Un fait méconnu au sujet de la “reine des Alpes”, chardon bleu emblématique du parc national des Écrins : cette fleur protégée a besoin de prairies ouvertes pour pousser, les troupeaux sont donc ses alliés. La déprise agricole et la friche qui en résulte (là où les troupeaux s’en vont, la broussaille gagne du terrain) sont la plus grande menace pesant sur elle.

Le pastoralisme ne façonne pas seulement les paysages : il façonne aussi l’identité des montagnes. Les chalets d’alpage, les cabanes de berger, les fêtes de la montée en alpage ou de la désalpe, les sonnailles, les savoir-faire transmis de génération en génération font partie du patrimoine vivant des Alpes. Et tous ces fromages de montagne que nous adorons, ces trésors gastronomiques ? Beaufort, Reblochon, Abondance, Bleu du Vercors-Sassenage, Ossau-Iraty, Laguiole… Tous racontent la même histoire : celle d’animaux qui passent l’été à pâturer une flore de montagne exceptionnellement riche, donnant naissance à des fromages dont le goût est intimement lié à leur terroir.

pastoralisme fromage
Coopérative du Beaufort, dans le village du même nom. Comme de nombreux fromages AOP de montagne, le cahier des charges précise explicitement que les animaux doivent être à l’herbe en été.

Autrement dit, si nous aimons tant les paysages alpins, leurs alpages fleuris, leurs troupeaux et leurs fromages, c’est en grande partie grâce au pastoralisme. Il ne constitue pas une contrainte qui serait venue s’ajouter artificiellement à la montagne : il est l’une des raisons pour lesquelles la montagne est devenue ce que nous aimons aujourd’hui.

Mais depuis une trentaine d’années, cette activité ancestrale a dû faire face à une évolution majeure : le retour du loup en France. Présent de nouveau dans les Alpes depuis le début des années 1990, ce grand prédateur a profondément modifié les conditions d’exercice du pastoralisme. Pour protéger leurs troupeaux, les éleveurs ont progressivement remis en place différents moyens de protection : présence renforcée des bergers, parcs de nuit, clôtures… et chiens de protection.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.

Les fameux “patous” ne sont donc pas apparus par hasard. Ils sont la conséquence d’une nouvelle réalité à laquelle le pastoralisme a dû s’adapter. C’est pourquoi aujourd’hui, randonneurs, troupeaux et chiens de protection partagent les mêmes montagnes.

Map Patou : pour préparer sa randonnée

Si vous prévoyez une randonnée en Auvergne-Rhône-Alpes, il existe un réflexe simple à adopter : consulter Map Patou avant votre départ.

Développée par le Réseau Pastoral Auvergne-Rhône-Alpes, cette carte interactive recense les principaux alpages où des chiens de protection sont présents durant la saison d’estive. En quelques clics, vous pouvez visualiser les secteurs concernés, connaître les périodes de présence des troupeaux et préparer votre itinéraire en conséquence.

Cet outil n’a pas pour objectif de vous faire renoncer à une randonnée. Au contraire : il permet d’anticiper. Si vous marchez avec un chien, avec de jeunes enfants ou si vous êtes simplement peu à l’aise à l’idée de croiser un chien de protection, vous pouvez choisir un autre itinéraire ou vous préparer à adopter les bons comportements.

C’est aussi une façon de comprendre que les chiens de protection ne sont pas disséminés au hasard dans les montagnes. Ils travaillent sur des alpages bien identifiés, pendant la période où les troupeaux y séjournent.

À mes yeux, Map Patou devrait devenir un réflexe aussi naturel que consulter la météo ou vérifier l’état d’un sentier avant une randonnée.

map patou
Capture d’écran de la carte MapPatou

Map Patou (Auvergne-Rhône-Alpes)

Randonnée et patous : qui sont vraiment les chiens de protection ?

Avant de savoir comment réagir face à un chien de protection, il est utile de comprendre qui il est… et surtout qui il n’est pas.

Les chiens de protection ne sont ni des chiens de compagnie, ni des bêtes féroces cherchant à attaquer les randonneurs. Ce sont des chiens de travail, sélectionnés depuis des siècles pour une mission très précise : protéger un troupeau contre les prédateurs.

Contrairement aux chiens de recherche en avalanche ou aux chiens policiers, par exemple, qui travaillent sous les ordres directs de leur conducteur, les chiens de protection évoluent dans une situation très particulière de semi-autonomie. Le berger ne peut pas surveiller en permanence plusieurs centaines d’animaux dispersés sur parfois plusieurs dizaines d’hectares, de jour comme de nuit. Les chiens doivent donc être capables d’agir seuls.

C’est toute la spécificité de leur métier : ils sont autonomes. Ils doivent donc prendre des décisions seuls, sans l’ordre direct du berger.

Ces chiens vivent en permanence avec le troupeau, dès leur plus jeune âge. Leur territoire, leur famille et leur priorité, ce sont les animaux qu’ils protègent. Lorsqu’une personne, un chien ou un animal sauvage s’approche, ils doivent prendre une décision en quelques secondes : s’agit-il d’une menace ou non ?

Leur premier objectif est d’éloigner ce qu’ils perçoivent comme un intrus afin d’éviter un affrontement. C’est pourquoi ils viennent souvent à la rencontre des randonneurs en aboyant. Ce comportement est impressionnant, mais il fait partie de leur travail : ils cherchent avant tout à identifier le visiteur et à le dissuader d’approcher davantage du troupeau.

Comprendre cette mission permet aussi de mieux comprendre notre rôle. Plus nous adoptons un comportement calme, prévisible et respectueux, plus nous aidons le chien à conclure que nous ne représentons pas un danger. À l’inverse, un comportement agressif ou imprévisible complique son évaluation de la situation.

Il est donc important de ne tomber dans aucun des deux excès.
D’un côté, le chien de protection n’est pas un chien de compagnie. On ne cherche pas à le caresser, à jouer avec lui, à l’appeler ou à attirer son attention. Il travaille.

De l’autre, il ne faut pas le considérer comme une bête dangereuse qu’il faudrait intimider. Crier, courir vers lui, brandir des bâtons, lancer des objets ou, pire encore, utiliser une bombe au poivre ne feraient qu’augmenter sa perception de la menace et risqueraient d’aggraver la situation.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
Berger et son chien en Maurienne.

Il faut également garder à l’esprit une chose qu’on oublie souvent : chaque chien est le produit de son expérience.

Le chien qui vient à votre rencontre a peut-être vécu une saison parfaitement calme… ou, au contraire, subi plusieurs attaques de loups au cours des nuits précédentes. Il a peut-être déjà été frappé, menacé ou agressé par des promeneurs. Nous ne connaissons jamais son histoire au moment où nous le rencontrons.

C’est pourquoi chaque interaction compte. Un comportement violent envers un chien de protection n’a pas seulement des conséquences sur l’instant présent : il peut aussi renforcer sa méfiance envers les personnes qu’il croisera ensuite. À l’inverse, une rencontre calme et respectueuse contribue à maintenir une cohabitation plus sereine entre chiens de protection et usagers de la montagne.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
Berger et son chien à Cordon

En montagne, nous sommes des visiteurs. Les chiens de protection, eux, sont au travail. Les comprendre est sans doute le meilleur moyen de partager les mêmes espaces en sécurité.

Comment se comporter face à un patou ?

La plupart des rencontres avec des chiens de protection se déroulent sans incident. Leur comportement peut impressionner, mais il répond généralement à une logique simple : identifier un intrus potentiel et vérifier qu’il ne représente pas un danger pour le troupeau.

Votre objectif est donc d’aider le chien à comprendre, le plus rapidement possible, que vous êtes un simple randonneur de passage.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
Des gestes à retenir

Identifiez-vous

Cela peut sembler surprenant, mais n’hésitez pas à parler au chien d’une voix calme et posée.

Un simple « Salut le chien ! Bonjour, je suis un randonneur, je ne fais que passer. Tu fais bien ton travail. » suffit souvent à signaler votre présence sans créer de tension.

Le chien est très attentif à votre attitude, au ton de votre voix et à votre langage corporel. Une voix calme est beaucoup plus rassurante que le silence ou les cris.

Rendez-vous plus facilement identifiable

Si vous portez une casquette, une capuche ou des lunettes de soleil, il peut être utile de les retirer quelques instants. Voir votre visage facilite l’identification et peut contribuer à rendre votre présence moins ambiguë.

Contournez largement le troupeau

Dans la mesure du possible, évitez de traverser le troupeau.

Essayez de le contourner largement, en laissant le plus de distance possible entre vous et les animaux. Lorsque le terrain le permet, il est souvent préférable de passer au-dessus du troupeau plutôt qu’en contrebas. Vous gardez ainsi une meilleure visibilité sur les chiens et vous évitez de vous retrouver dans une combe ou un passage où vous pourriez vous sentir bloqué.

Gardez le chien dans votre champ de vision

Il est normal de surveiller où se trouve le chien. En revanche, évitez de le fixer droit dans les yeux, ce qui peut être interprété comme un défi. Regardez plutôt son corps ou son arrière-train tout en restant attentif à ses déplacements.

Restez calme et avancez normalement

Ne courez pas.

Si vous êtes à vélo, descendez et poursuivez à pied jusqu’à avoir dépassé le troupeau.

Les mouvements rapides ou imprévisibles peuvent être interprétés comme un comportement inhabituel et maintenir l’attention du chien plus longtemps.

Si le chien s’approche

Il est fréquent qu’un chien de protection s’approche pour vous identifier.

S’il réduit la distance, gardez votre calme et continuez à lui parler doucement. Vous pouvez placer un objet entre lui et vous (votre sac à dos, une veste roulée ou un vêtement) afin de créer une petite zone tampon. Cet objet n’est pas une arme : il sert simplement à préserver votre espace personnel tout en évitant un contact direct si le chien venait à vous toucher avec son museau.

Appelez-le par son nom si vous le connaissez

Certains bergers indiquent à l’entrée des pâturages le nom de leurs chiens de protection. Si c’est le cas, n’hésitez pas à l’utiliser lorsque vous lui parlez. Entendre son nom dans une voix calme peut contribuer à instaurer un climat plus serein.

Laissez au chien le temps de faire son travail : vous identifier, constater que vous ne représentez pas une menace, puis retourner auprès de son troupeau.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.



Randonnée et patous : mon choix personnel pour mon chien

Depuis de nombreuses années, je pratique le canitourisme avec ma golden retriever, Nevada. Randonner avec mon chien fait partie de mon quotidien. Nous avons parcouru ensemble des centaines de kilomètres en montagne, partagé des bivouacs, des ascensions, des baignades, des voyages…

randonner avec son chien randonnée et patous
Avec ma chienne Nevada en vallée de la Drôme, photos Marion Carcel

Pourtant, aujourd’hui, j’ai fait un choix très clair : je ne vais plus randonner avec elle sur les itinéraires où je sais que des chiens de protection sont présents.

Avant chaque sortie, je consulte donc Map Patou. Si un alpage est gardé par des chiens de protection, je choisis un autre itinéraire ou je reporte cette randonnée à une autre période.

Pourquoi ?
Parce que je ne veux pas mettre Nevada en danger.

Le chien de protection n’a pas appris à distinguer un gentil chien de compagnie d’un prédateur susceptible de tuer ses brebis. Son travail consiste à protéger son troupeau face à des canidés qui pourraient vouloir l’attaquer. Dans un contexte où il peut subir une forte pression liée à la présence du loup, il associe l’odeur de tout canidé, même un petit chien de compagnie, à celle d’un prédateur. Son devoir est d’être prudent.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
Je sais personnellement que ma chienne ne représente aucune menace pour qui que ce soit (à part peut-être pour les flaques d’eau…), mais un patou ne peut pas le savoir aussi facilement.

Cette réalité m’a été rappelée lors d’une rencontre qui m’a beaucoup marquée. Un jour, alors que je m’apprêtais à traverser un alpage avec Nevada, chez moi en vallée de la Drôme, un berger est venu à ma rencontre. Nous avions déjà croisé ses chiens de protection auparavant, sans la moindre difficulté. Pourtant, cette fois-ci, il est venu vers moi, avec le visage épuisé de quelqu’un qui sort d’une nuit blanche angoissante :

« S’il vous plaît, faites demi-tour. Cette nuit, on a subi une attaque de loup. Plusieurs de mes brebis ont été tuées. Mes chiens sont extrêmement tendus aujourd’hui. J’ai peur qu’ils s’en prennent à votre chienne. »

Nous avons fait demi-tour. Ce jour-là, j’ai compris que je ne pouvais jamais savoir ce qu’un chien de protection avait vécu dans les heures ou les jours précédents. Peut-être venait-il de passer la nuit à repousser un loup. Peut-être avait-il eu une interaction négative avec un randonneur. Peut-être était-il simplement épuisé par de longues heures de surveillance dans un contexte de forte pression prédatrice.


randonnée et patous
Ce jour-là, j’ai choisi une alternative à une très célèbre rando drômoise, pour éviter les troupeaux et les patous présents sur le sentier principal

Je n’ai pas peur de rencontrer un chien de protection lorsque je randonne seule. En comprenant son rôle et en appliquant les recommandations présentées plus haut, ces rencontres se passent généralement bien.

En revanche, la présence de ma chienne Nevada change complètement la situation. En tant que propriétaire, j’ai la responsabilité de ne pas l’exposer inutilement à un risque que je peux facilement éviter en choisissant un autre itinéraire. Je m’en voudrais terriblement de la voir blessée ou tuée parce que je l’ai emmenée au mauvais endroit. Pour moi, le canitourisme, ce n’est pas vouloir aller partout avec son chien. C’est aussi savoir renoncer lorsqu’un itinéraire n’est pas adapté, afin que chacun puisse profiter de la montagne sereinement.

Si vous cherchez des idées de randonnées adaptées aux chiens, je vous invite d’ailleurs à consulter mon article « Randonner avec son chien », qui rassemble plusieurs itinéraires où nous avons pris beaucoup de plaisir à marcher ensemble. Bien sûr, comme les secteurs d’estive évoluent d’une année à l’autre, je vous recommande de vérifier systématiquement votre itinéraire sur Map Patou avant chaque sortie.

Patous et chiens domestiques : si vous rencontrez un chien de protection avec votre chien

Malgré toute l’anticipation possible, une rencontre peut toujours arriver.

Dans ce cas, essayez d’abord de contourner le plus largement possible le troupeau afin de maximiser la distance entre votre chien et les animaux.

Gardez votre chien près de vous et en laisse tant que cela permet d’éviter qu’il ne s’approche du troupeau ou des chiens de protection.

En revanche, si un chien de protection vient au contact et que la tension entre les deux chiens devient importante, il peut être préférable de lâcher la laisse. Un chien retenu au bout d’une laisse peut se sentir piégé, ce qui augmente parfois son agressivité et risque d’entraîner son maître dans le conflit. En retrouvant sa liberté de mouvement, il peut plus facilement adopter des comportements d’apaisement ou s’éloigner. Cette décision doit évidemment être appréciée en fonction de la situation.

Garder la laisse pour éloigner son chien du troupeau, et la lâcher seulement en cas de confrontation directe

Cordon, le balcon du Mont Blanc : parfait pour randonner avec son chien

S’il y a une destination qui illustre parfaitement cette philosophie de partage de la montagne, c’est sans doute Cordon, en Haute-Savoie, le magnifique balcon du Mont-Blanc. J’y ai été frappée par la qualité des informations mises à disposition des visiteurs accompagnés de leur chien.

A l’Office de Tourisme, chaque maître reçoit un sac de bienvenue avec quelques attentions pour son compagnon à quatre pattes : des friandises, des sacs à déjections… mais surtout un guide du toutourisme. Et c’est probablement le cadeau le plus précieux.

A Cordon, il y a trois types de sentiers : ceux où les chiens sont les bienvenus, ceux où ils sont interdits, et ceux qui en appellent à notre jugement.

Certaines balades, comme la magnifique boucle des Sions, offrent une superbe randonnée en balcon face au Mont-Blanc, et sont autorisés aux chiens sans souci.

D’autres secteurs sont clairement interdits aux chiens pendant la période d’estive afin de préserver la tranquillité des troupeaux, comme l’alpage de Croise-Baulet.

Et puis il existe une troisième catégorie : des itinéraires qui ne sont pas formellement interdits, mais vivement déconseillés en raison de la présence de troupeaux et de chiens de protection. C’est notamment le cas du plateau des Bénés.

Rencontrer un chien de protection en randonnée: faut-il avoir peur des patous? Et si on randonne avec son chien? Un article ressource sur le pastoralisme.
Arrivée sur le plateau des Bénés : à partir d’ici, il est conseillé de ne pas randonner avec son chien

Ce n’est pas parce qu’un itinéraire est factuellement autorisé que je dois absolument y aller avec Nevada. Si je sais qu’il existe un risque de rencontre avec des chiens de protection, je choisis simplement une autre randonnée. La montagne est suffisamment vaste pour que chacun y trouve sa place. Au cours de ce séjour, j’ai eu l’occasion d’échanger avec les médiateurs nature présents sur le terrain. Leur rôle est justement de dialoguer avec les randonneurs, de les aider à choisir le bon itinéraire, d’expliquer le pastoralisme, le comportement des chiens de protection et les bons réflexes à adopter. J’ai trouvé cette démarche extrêmement positive : informer plutôt que sanctionner, expliquer plutôt qu’opposer.

J’ai aussi été touchée par l’accueil réservé aux chiens tout au long de mon séjour. À l’hôtel Les Roches Fleuries, Nevada et Rasmus (le chien de ma maman) ont été accueillis avec autant de délicatesse et de gentillesse que nous : petites attentions, gamelles, cadeaux de bienvenue, accès à l’ensemble des espaces de l’établissement à l’exception de la piscine… J’ai adoré petit-déjeuner sur la grande terrasse vue Mont-Blanc avec nos chiens à nos pieds.


Cordon, pays du Mont Blanc, des alpages et des fromages, montre qu’il est tout à fait possible de développer un tourisme de montagne très accueillant pour les chiens tout en respectant les réalités du pastoralisme.

Le canitourisme et le pastoralisme ne sont pas incompatibles. Ils demandent simplement un peu d’anticipation, de compréhension et de respect mutuel. Partager la montagne, c’est accepter que chacun y ait sa place : les randonneurs, les chiens de compagnie, les chiens de protection, les bergers, les troupeaux et la vie sauvage.

Merci à PastoKezako pour leur confiance et à Cordon pour leur accueil, ainsi qu’à toutes les personnes avec qui j’ai pu échanger sur le terrain.

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