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31 mai 2019    /    

Une escapade nature dans le Jura en hiver-

Explorer le Jura en hiver, c’est s’accorder une escapade en pleine nature dans un massif de moyenne montagne qui a su développer une belle diversité d’activités outdoor. Pourquoi ne pas partir en randonnée raquettes nocturne et déguster une fondue jurassienne dans une cabane de bûcheron, explorer la forêt en calèche, s’aventurer sur les lacs gelés, s’essayer au chi-gong ou encore au biathlon ? Mais c’est aussi l’occasion de découvrir le patrimoine et le savoir-faire jurassiens, pays des épicéas, des horloges et des chevaux comtois… Voici une jolie virée en pleine nature, au cœur de ce beau massif du Jura que je découvre en hiver.

Qui es-tu, massif du Jura ?

Moi qui ai grandi dans le sud de la France, et pour qui l’hiver est synonyme de séjour dans les Alpes, j’ignorais tout du Jura, de ses paysages et de ses villages. J’éprouve toujours beaucoup de joie à découvrir la mosaïque des cultures et des patrimoines qui forment la France, et j’étais très curieuse des particularités de ce massif qui s’étend entre France et Suisse, tout à l’Est de notre beau pays. Voici quelques impressions, glanées lors de mes flâneries dans le Jura en hiver…

Nous sommes à la frontière de la Suisse et de ce qu’on appelle le Jura vaudois. Comme partout dans les montagnes, les frontières sont mouvantes, fragiles, matérialisées par des bornes en ligne de crête et des pointillés dans la neige. Cette porosité a été un grand atout durant la Seconde guerre mondiale, et le Jura fourmille d’histoires héroïques de passeurs prêts à risquer leur vie pour aider des Juifs ou des résistants à trouver refuge en terre helvétique. Lors de mes randonnées dans le Jura, j’ai plusieurs fois pu observer les anciennes cabanes des douaniers et les bornes des frontières, et entendre les récits épiques de cette époque où être d’un côté ou de l’autre d’un sommet pouvait faire la différence entre la vie et la mort.


La proximité avec la Suisse s’exprime aussi de façon plus douce, plus anecdotique. L’accent, le fromage. Les horloges qui rythment la vie des villages. J’aime ces points de bascule dans l’Est, ces moments où nos cultures européennes se brouillent en douceur – entre France et Allemagne en Alsace, entre France et Suisse ici dans le Jura.

Le Jura, c’est avant tout le pays de l’épicéa. Les flancs du massif sont couverts d’une épaisse forêt de conifères emblématiques de cette région. Ce bois noble, imputrescible, qui résiste à l’eau, a connu de multiples usages au fil de l’histoire. Pour confectionner le délicieux fromage Vacherin Mont d’Or, une merveille coulante emblématique du Jura, il faut le cerner d’une sangle d’épicéa. C’est le métier des « sangliers » (qui, contrairement aux apparences, ne sont pas le festin d’Asterix, mais des artisans forestiers) de prélever un morceau d’écorce d’épicéa souple et saine pour confectionne les fameuses sangles.

Mais l’épicéa est aussi bois de construction et d’ornement, avec notamment les fameux tavaillons ou talvannes, que j’ai découverts pour la première fois ici dans le Jura : des morceaux de bois d’épicéa très dur et étanches, qui recouvrent la façade d’une maison pour la protéger durablement de l’humidité. Si l’histoire passionnante des tavaillons vous intéresse, regardez ici. Depuis l’ère industrielle, ils tendent à être remplacés par des tavaillons en métal, respectant la même forme losangée.

D’autres éléments architecturaux me sautent aux yeux comme emblématiques du Jura. Ces montagnes ne ressemblent pas aux miennes – moi qui ai l’habitude des Alpes, je sens que j’ai changé de pays, et j’essaie d’analyser cette étrangeté que je perçois. Je me passionne pour les détails, notamment les épaisses portes comtoises rondes, qui ouvrent fermes et chapelles et sont très photogéniques, mais aussi et surtout, pour la forme très particulière des clochers. Ce sont des clochers en métal, en forme de demi-bulbe à base carrée, qu’on appelle « clocher à l’impériale » et qui sont tous ornés d’une… horloge. N’oublions pas que nous sommes au pays de l’horloge comtoise. Cette tradition artisanale et industrielle très forte du Jura, je l’ai vraiment comprise à Morez.

Le Jura, terre de savoir-faire : Morez et son musée de la Lunette

Saviez-vous qu’un objet de consommation courante, universellement répandu, a longtemps été fabriqué exclusivement dans le Jura ? Il s’agit des lunettes de vue, dont Morez fut la capitale. A première vue, je ne savais pas si le Musée de la Lunette de Morez valait le détour, mais je ne regrette pas du tout la visite : ludique, bien aménagé, il est passionnant, avec un mélange d’expositions immersives sur l’optique, et de collections très riches sur l’histoire de la lunette dans le Jura.

Si le Jura est une terre de savoir-faire artisanal et industriel, c’est qu’une invention entraîne une autre. Au 16e siècle, Morez est la ville du clou : de nombreux maîtres ferronniers développent cette technique précise. Au 17e siècle, ce sont les horlogers qui s’établissent à Morez. C’est l’heure de gloire de la célèbre horloge comtoise, en bois massif et dont le cadran présente une particularité originale : ici le 4 s’écrit non pas « IV », selon l’usage romain, mais « IIII ». Avec les cadrans des horloges naît un autre savoir-faire, celui de l’émail. Vous avez sans doute vu, sur les tombes anciennes, des plaques commémoratifs en émail en forme de cœur : il s’agit du « cœur de Morez ». Pendant des décennies, c’est le Jura qui a pleuré les disparus sur les stèles funéraires… Cette profusion de productions – clous, horloges, émails – signifie que les Jurassiens ont de nombreux outils et techniques, et qu’ils sont débrouillards. C’est ainsi que naissent les lunettes de Morez.

L’outil optique visant à mieux voir devant soi, qu’on appelle aujourd’hui lunettes, avait connu une longue histoire mouvementée à travers les siècles. Le musée de Morez possède une fabuleuse collection historique, où vous verrez tous ses ancêtres : bésicles, clouant, lunettes à tempes, lorgnettes, binocles, face à main, lancetiers… Au XVIIIe siècle, les lunettes étaient chères et rares, importées d’Angleterre. En 1796, un cloutier (fabriquant de clou) dénommé Cazeaux casse ses lunettes. Il décide de ne pas en importer une nouvelle paire anglaise, mais de mettre à profit les talents de Morez et de les fabriquer lui-même. Il développe des lunettes légères et pratiques, qui font très vite fureur. Les lunettes de Morez sont nées. Jusqu’à la grande crise industrielle, l’immense majorité des lunettes vendues en France venaient du Jura. Aujourd’hui, le savoir-faire perdure, le lycée de Morez compte toujours une section technique lunetterie, mais les lunettes made in France de Morez sont un objet haut de gamme, de grande qualité mais plus chères que le produit de masse. Le musée de Morez permet de se passionner pour l’optique et la lunette, et j’ai été très agréablement surprise : il vaut le coup !

Morez est aussi célèbre pour une curiosité architecturale : ses viaducs acrobatiques, longeant les falaises, survolant la ville, témoin encore une fois d’un vieux savoir-faire technique et industriel hors pair ! C’est au pied des viaducs que j’ai fait une belle rencontre…

Rencontres sauvages

Je ne m’y attendais pas : au détour d’un viaduc surgit une petite famille de chamois, paissant tranquillement le long des voies de chemin de fer, pas dérangés par les trains…

Plus loin dans la campagne, je tomberai nez à nez avec un troupeau de biches traversant les champs.

Lors de ma randonnée nocturne dans la forêt du Risoux, mon guide m’expliquera que le massif du Jura est habité par des lynx, le plus discret et mystérieux des prédateurs français. Il est quasiment impossible à observer, car il se méfie, mais les nombreuses traces et les pièges photographiques prouvent qu’il est bien là, implanté au cœur du massif… J’aurais rêvé de le croiser ! Cette dimension très naturelle et sauvage du Jura me plaît beaucoup.

Je pars ensuite à la rencontre d’un autre animal emblématique du Jura, celui-ci domestique : le cheval comtois.

Une balade en calèche dans la forêt jurassienne

C’est le cheval emblématique des montagnes : le pied sûr sur les versants escarpés, une puissance et une sérénité impressionnantes, et une magnifique robe alezan crins lavés, soit roux avec la crinière et la queue blondes. Partout où j’ai vu des calèches dans les montagnes cet hiver, elles étaient tirées par des comtois, tant ce magnifique cheval est adapté à ce milieu. Avec les attelages du Grandvaux à La Chaumusse, je pars explorer la forêt jurassienne au rythme de leurs sabots. Le cocher, jovial et passionné, raconte la vie des épicéas qui mettent plusieurs siècles à pousser malgré le froid et la neige, les animaux des bois et les secrets des sentes.

Vacances d’hiver : les stations de ski du Jura

Les Rousses, au cœur du massif du Jura

C’est la station de ski la plus célèbre du Jura : Les Rousses, au cœur du massif. La station familiale compte 57 pistes de ski alpin, et de nombreux parcours de ski de fond et raquettes. Elle s’illustre notamment par la possibilité de pratiquer le biathlon sur un parcours dédié.

Une randonnée nocturne dans la forêt du Risoux

Cela restera un beau souvenir de mon séjour dans le massif du Jura. A la tombée de la nuit, je rejoins Yoann, un guide de La Boîte à Montagne à la station des Rousses. En petit groupe, nous partons en raquettes à l’assaut de la forêt du Risoux, un des épais bois du massif. Cette forêt bruisse de souvenirs et de légendes. Il y a les lynx, qu’on ne voit pas mais qui nimbent les sentiers de mystère, qui sont omniprésents dans ce bois préservé et secret. Nous ramassons les pommes de pin rongées par les écureuils, observons les traces des renards dans la neige fraîche. Les bornes de frontière avec la Suisse évoquent les histoires rocambolesques des contrebandiers qui franchissaient illégalement la frontière avec leurs marchandises, et celles plus tragiques et héroïques des Juifs et résistants fuyant la guerre. Plus la nuit tombe, et plus le ciel se couvre d’étoiles. Nous cheminons dans une obscurité épaisse à la lumière de nos frontales, jusqu’à arriver à une cabane forestière au milieu de nulle part. Nous sommes du côté suisse de la frontière, mais c’est bien une fondue jurassienne que Yoann nous prépare avec son réchaud : 100% comté, un régal absolu ! (N’oublions pas que le Jura a trois fromages AOP, le comté, le morbier et le bleu de Gex, sans oublier les autres comme le délicieux Mont d’Or…). Nous rentrons heureux de cette escapade originale. C’était ma première randonnée nocturne, et j’en garderai un beau souvenir.

Conseil pratique : vérifiez la lune. De l’avis de Yoann, cette randonnée est sublime dès qu’il y a de la lumière (de la demi-lune à la pleine lune). Les bois sont illuminés d’une pâle lueur et on y voit parfois comme en plein jour. Je l’ai fait à la nouvelle lune, dans une nuit très noire, qui a cependant un avantage : les étoiles sont très visibles.

Au sud du Jura, la beauté de Lamoura

C’est la partie du massif qui m’a le plus séduite visuellement. Autour de Lamoura, des murailles d’épicéas noirs encadrent les combes profondes et les vallées enneigées. De ça en là, au milieu des immensités solitaires, on retrouve les maisons jurassiennes et leurs tavaillons, et quelques clochers solitaires. J’ai conduit seule au milieu des neiges dans le sud du massif, et j’en garde le souvenir d’un road trip quasiment mystique, dans une grande beauté. J’ai croisé des chiens de traîneau fusant au milieu d’une combe – d’après mes recherches, il s’agissait sans doute du musher Antarctica, à Lamoura. Cette promenade m’a tentée.

Chi-gong et raquettes

Un matin, je retrouve Josiane au bord du lac de l’Abbaye. Guide de randonnée et passionnée d’énergétique, elle s’est spécialisée dans le chi-gong et propose des randonnées associant découverte du paysage et initiation à la discipline. Entre gymnastique, respiration et méditation, cette activité accessible permet un travail de posture et de lâcher prise qui sied bien au cadre magnifique du lac gelé où nous nous trouvons. Nous changerons ensuite de lieu et irons randonner autour du Lac des Mortes, à la frontière suisse, entre lacs couverts de neige, forêts de conifères et paysages grand ouverts. Ce que j’adore avec Josiane, c’est sa profonde connaissance de ce massif qui l’a vu grandir, de sa culture, sa nature et son architecture – j’ai passé tout mon temps à la « cuisiner » pour mieux comprendre le Jura !

Des vacances nature en Jura : hôtels et locations

Un chalet de vacances familial : la Haute-Joux

Dans la forêt de Cernébiaud, au cœur d’une petite station de ski de fond et biathlon, les Chalets de la Haute-Joux proposent différents types d’hébergements : des chambres collectives (3 à 5 personnes) pour les groupes notamment scolaires dans le bâtiment principal, qui est très prisé des colonies de vacances et autres voyages de classe, des yourtes pour les amateurs d’insolites, et les Loges du Jura pour ceux qui recherchent une option plus confortable en famille. Les Loges du Jura sont des chalets de bois, cosys et bien chauffés, situés en bordure de la forêt, où on peut dormir à 4 ou 5 personnes. Vous bénéficierez aussi de l’accès à une belle et grande piscine – sachez toutefois que vous la partagerez sans doute avec des groupes scolaires !

Une parenthèse idyllique au Lac de l’Abbaye : le Logis Hôtel de l’Abbaye

Cela restera mon plus beau souvenir du Jura, une parenthèse enchantée. Si vous recherchez un hôtel romantique dans le Jura, je vous recommande chaleureusement ce bel hôtel posé au bord du lac de l’Abbaye de Grandvaux. L’hiver, le lac gèle entièrement, créant une atmosphère de conte de fées entre roseaux givrés, lumières du couchant se reflétant sur la glace et calme étrange des étendues immobiles. Récemment rénové, l’hôtel est lumineux, moderne et confortable, avec un travail des matières que j’aime beaucoup : l’utilisation de l’osier et du jonc rappelle les roseaux au bord du lac, la présence des nombreuses plantes dans les chambres parachève l’idylle romantique. La lumière du couchant baignait ma chambre, pourvue d’une magnifique terrasse avec vue sur le lac et d’une baignoire balnéo qui clignotait dans la pénombre… un vrai moment de détente et de bien-être. Le restaurant de l’hôtel est absolument délicieux, et grand ouvert sur le lac – on ne se lasse pas de la vue. Pour un week-end de détente et de douceur, un cadre superbe et des prestations haut de gamme, retenez cette adresse, elle m’a conquise !

C’est cette dernière vision que je retiendrai du Jura : le soleil descendant sur le lac de l’Abbaye, et jouant avec le métal du clocher de l’église… un moment de douceur poétique qui invite au rêve.

Merci à Jura Tourisme pour leur accueil et la découverte de ce massif.

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4 commentaires pour
“Une escapade nature dans le Jura en hiver”

  • Etant moi même originaire des Rousses, j’apprécie beaucoup ce retour aux sources ! Vous n’êtes pas allée au belvédère des 4 lacs ? Je pense que c’est un des plus beaux endroits du Jura. Il faudra revenir !

  • Contente de voir que tu viens explorer un peu ma région ! il faut que tu viennes à Pontarlier la prochaine fois, je te ferai la visite 🙂

  • Quand j’étais petite, mes parents m’emmenaient dans le Jura et je trouvais incroyable ce pays de pentes herbues, de clochers singuliers, de fermes qui savaient toujours nous proposer des mets étranges et savoureux. Merci à Itinera Magica d’avoir su faire revivre en moi cette madeleine jurassienne, avec des photos si belles que mon souvenir en est transfiguré, et une envie folle d’y retourner, parce que visiblement, ce pays a su exalter et vivifier ce qu’il avait de plus beau, enchanteur, et authentique. Oui, merci Itinera Magica.

  • Quel bonheur de découvrir tes impressions sur le Jura, j’espère que tu as apprécié ton séjour et que tu reviendras nous voir 🙂 Sache que tu trouveras cette forme typique de clocher dans toute la région et si dans le Jura et le Haut-Doubs ils sont en métal pour résister au froid, ailleurs ils sont en tuiles vernissées et arborent de jolis motifs colorés 🙂 Les photos de l’abbaye et de son lac sont superbes <3

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