Abonnez-vous
 
Français English Deutsch
 
26 juillet 2021    /    

Premiers pas en alpinisme, avec la compagnie des guides de Chamonix-

La compagnie des guides de Chamonix ? C’est la plus ancienne, la plus prestigieuse, la plus mythique des compagnies de guides de haute montagne au monde. Les plus grands alpinistes français, les Frison-Roche, Terray ou Rebuffat furent tous membres de ce véritable corps d’élite de la haute montagne, dont le niveau d’exigence ne permet que la véritable excellence. En 2021, Chamonix fête les 200 ans de la création de la compagnie avec une série d’évènements prestigieux, notamment une grande traversée de la Vallée blanche par deux-cent alpinistes simultanément. A cette occasion, je suis partie en septembre dernier à la rencontre d’un des guides de la Compagnie, le brillant et talentueux Tristan Knoertzer, qui m’a raconté l’histoire de cette compagnie hors normes.

Tristan Knoertzer, membre de la compagnie des guides de Chamonix
Tristan Knoertzer, membre de la compagnie des guides de Chamonix

Grâce à lui, j’ai pu découvrir la haute montagne dans la Vallée Blanche, entre 3400 et 3800 mètres d’altitude dans cette sublime vallée glaciaire qui relie l’Aiguille du Midi (Chamonix) à la Pointe Helbronner (Courmayeur). Ces deux jours resteront gravés dans ma mémoire à tout jamais. Voici le récit d’une tentative d’approche d’un autre monde, éternellement blanc et abrupt, à la fois profondément inhospitalier et radicalement magique : la haute montagne, le pays enneigé où on ne s’aventure qu’avec cordes, crampons, et piolets…

Première expérience d'alpinisme, avec la compagnie des guides de Chamonix
Au coeur de la vallée Blanche, sur le glacier.

Récit d'une première fois en alpinisme dans la vallée blanche à Chamonix, pour les deux cent ans de la compagnie des guides de Chamonix
Mon guide Tristan Knoertzer, membre de la compagnie des guides de Chamonix qui fête ses 200 ans en 2021
Récit d'une première fois en alpinisme dans la vallée blanche à Chamonix, pour les deux cent ans de la compagnie des guides de Chamonix
La traversée de la vallée blanche, qui s’étend à près de 4000m entre Chamonix et Courmayeur
Récit d'une première fois en alpinisme dans la vallée blanche à Chamonix, pour les deux cent ans de la compagnie des guides de Chamonix
L’ascension des pointes Lachenal au lever du jour, une magnifique initiation à l’alpinisme

Pourquoi l’alpinisme ?

Pourquoi aller en haute montagne ? Pourquoi aller dans ce pays perpétuellement couvert de neige, où les crevasses se dissimulent sous la couche blanche, où le mercure ne remonte jamais très haut, où souffle l’haleine des gouffres et des cimes gelées, où les hommes restent perpétuellement intrus, tout juste tolérés, à la merci d’une chute de sérac, d’une avalanche ou du sol qui se dérobe sous leurs pieds ?

Première expérience d'alpinisme avec la compagnie des guides de Chamonix
Haute montagne, pays des glaciers, des avalanches, des vertiges et de la magie


Comme nombre d’amoureux des montagnes, j’ai été bercée par la lecture des alpinistes français iconiques, ceux de l’âge d’or des grandes explorations, des faces Nord et des premiers 8000. Et tous sont confrontés à la même interrogation existentielle : « Pourquoi allez-vous donc là-haut ? », demande-t-on à Lionel Terray dans Les conquérants de l’inutile, peut-être le plus beau livre d’alpiniste à mes yeux. « Vous ne comprendriez pas », répond Gaston Rebuffat dans Etoiles et tempêtes, sublime récit de ses ascensions des six grandes faces nord des Alpes. Le professeur de philosophie Patrick Dupouey a récemment sorti chez Guérin (la maison d’édition chamoniarde aux petits livres rouges) un bouquin là-dessus, qui demande tout simplement : Pourquoi grimper sur les montagnes ? Royaume du vertige et du danger, la haute montagne traîne toujours avec elle sa longue nimbe de périls mortels. Peut-être faut-il répondre comme le faisait George Mallory, mort sur l’Everest en 1924, quand on lui demandait pourquoi il tenait tant à gravir le plus haut sommet de la planète : because it’s there, parce qu’il est là.

Première expérience d'alpinisme avec la compagnie des guides de Chamonix
Collection de livres Guérin, maison d’édition chamoniarde mythique parmi les alpinistes et les amoureux des montagnes, au refuge des Cosmiques.


Si on devait résumer l’alpinisme en trois mots, il faudrait peut-être tout simplement dire : « aller là-haut ». Mon guide Tristan Knoertzer, membre de la compagnie des guides de Chamonix, l’exprime avec éloquence : l’alpinisme n’est pas un sport à proprement parler. Il n’est pas question de performance, de record, d’épreuve codifiée. L’alpinisme est une pratique. Une continuation de la randonnée par tous les moyens possibles, avec un seul but, aller là-haut. Comme l’écrit Rébuffat : « Les montagnes ne vivent que de l’amour des hommes. La technique doit servir un enthousiasme, sinon elle réduit le monde de l’altitude aux proportions d’un gymnase. Or, la marche est longue qui conduit aux sommets ! »

Et pour cela, on va s’encorder, on va se munir de crampons, de piolets, de matériel d’escalade, mettre en œuvre toutes sortes de techniques pour marcher sur les glaciers, escalader les cascades de glace ou les faces rocheuses, marcher en arête, tout cela avec un seul but, atteindre le sommet, ou bien, atteindre le sommet par un chemin nouveau, une voie plus originale. C’est tracer des chemins à la verticale dans la montagne.

Première expérience d'alpinisme avec la compagnie des guides de Chamonix
Tristan au coeur des glaciers de la Vallée Blanche

Chamonix, la mère des alpinistes

Impossible de parler d’alpinisme sans dire le beau nom de Chamonix. C’est ici que tout commence, en 1786, quand un cristallier débrouillard et acharné trouve enfin le saint Graal, le chemin qui mène au sommet du Mont Blanc. Pour la première fois, un être humain se tient sur le toit de l’Europe, à 4810m d’altitude, et en redescend vivant : Balmat et Paccard réussissent la toute première ascension le 8 août 1786. J’avais déjà évoqué dans un autre article l’aura incroyable, mythique de Chamonix.
La Maison de la Montagne, qui abrite celle des guides, le cimetière du Biollay, où reposent tant d’alpinistes qui me fascinent, la statue de Balmat et Paccard en cœur de ville, le doigt pointé vers le Mont Blanc, la librairie Guérin, les musées, tout à Chamonix respire la verticalité, l’aspiration aux sommets. Pour qui aime les Alpes, Chamonix est la Mecque, l’incontournable absolu. Aujourd’hui encore, tout Français qui souhaite devenir guide de haute montagne, moniteur de ski ou secouriste en montagne doit nécessairement passer par l’ENSA, Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme, implantée à Chamonix depuis 1946. La compagnie des guides ne pouvait naître qu’ici, c’était une évidence.


J’aime toutes les Alpes, vous le savez. Mais la vallée de Chamonix, celle dont Victor Hugo disait qu’elle était un « temple », avec les langues glaciaires qui l’environnent de toutes parts comme autant de colonnes marmoréennes, ses immenses pentes abruptes caracolant jusqu’au merveilleux Mont Blanc, l’atmosphère de cette ville qui est comme un immense cœur battant à l’unisson de la montagne, qui frémit quand chutent les séracs et quand se craquèlent les glaciers, est incomparable entre toutes. Je souhaite à tout amoureux de la montagne de venir une fois à Chamonix.

Pourquoi la compagnie des guides ?

Revenons en 1786. Balmat gravit le Mont Blanc, et la ruée vers l’or blanc s’empare des élites européennes. Artistes, aristocrates, rêveurs fortunés, belles dames en crinoline, tous veulent fouler la mer de glace, arpenter « les glaciaires de Chamounix ». A l’hôtel du Montenvers, vous avez des images incroyables de cette époque délirante, où on voit des ladies anglaises avec leur ombrelle et leurs belles robes marcher entre les crevasses des glaciers. Les jeunes gens de la vallée de Chamonix s’improvisent guides et proposent d’emmener les touristes marcher au cœur de la haute montagne. Je vous avais parlé de cette époque incroyable dans cet autre article, sur l’histoire, les mythes et l’aura de Chamonix.

Que faire à Chamonix ? Les plus belles randonnées à Chamonix, la randonnée de la Jonction, une nuit au Montenvers, un vol en parapente à Chamonix...
Dames sur le glacier avec leurs guides chamoniards, photo ancienne vue au grand hôtel du Montenvers

Cela manque souvent mal tourner – notre trésor national, Victor Hugo, a failli finir dans la bouche béante de la mer de glace avec un jeune homme inexpérimenté qui s’était autoproclamé guide. Et parfois, cela tourne très, très mal. A l’été 1820 se met en branle la caravane Hamel, qui souhaite atteindre le sommet du Mont Blanc avec un incroyable bardas de matériel scientifique et incongruités diverses. Ils sont une douzaine, clients et guides. Malgré les avertissements des jeunes guides chamoniards, qui sentent bien que la couche de neige est instable et qu’il ne faut pas y aller, Hamel presse à poursuivre. L’avalanche se déclenche et emporte toute la caravane. Trois guides ne se relèveront jamais du piège blanc : Pierre Carrier, Pierre Balmat et Auguste Tairraz, qui reposent au cimetière du Biollay. Ce sont les premiers morts du Mont Blanc.


L’accident de la caravane Hamel est décisif. Il est désormais temps de mieux encadrer les ascensions en montagne. C’est en 1821 qu’est créée la Compagnie des Guides de Chamonix, officiellement reconnue par le roi de Sardaigne, sous l’autorité duquel se tenait alors la Savoie. L’une des premières fonctions de la Compagnie est d’asseoir l’autorité du guide en lui conférant un vrai statut. Une règle d’or s’impose alors, qui prévaut encore aujourd’hui et qui stipule qu’en cas de difficulté, de risque, de danger, la décision du guide l’emporte sur celle de son client. Si le guide annonce qu’il faut renoncer, la cordée fait demi-tour. Avec la fondation de la compagnie sont créés le Tour de rôle, qui permet de donner à chaque guide du travail en répartissant les courses de façon équitable, et la Caisse de secours, qui indemnise les familles des guides morts en montagne. Deux-cent ans plus tard, ces deux institutions existent toujours.

Compagnie des guides de Chamonix

Le guide, un homme ou une femme d’exception

Je le dis en toute objectivité, sans lyrisme romantique : les qualités physiques, techniques et surtout mentales exigées par la compagnie des guides de Chamonix sont portées à un tel niveau que le guide n’a d’autre choix que d’être un homme (ou une femme) d’exception.

Petite parenthèse au sujet de la parité homme/femme. Si le 19e siècle connaît déjà des femmes alpinistes exceptionnelles, comme Henriette d’Angeville ou Isabella Straton dont je vous racontais l’histoire ici, il a fallu attendre ma naissance ou presque pour voir des femmes guides. Pendant très longtemps, les guides ont été exclusivement masculins, par traditionalisme mais pas seulement : le matériel d’autrefois exigeait énormément de force physique afin de pouvoir assurer la sécurité de la cordée. Un exemple parmi d’autres, celui des cordes. Lorsqu’un des membres de la cordée dévissait (= chutait), il fallait être en mesure de le retenir, et pendant plus de cent ans, on a utilisé des cordes en chanvre, qui n’avaient aucun rebond, et faisaient peser sur le guide tout le poids du client qui chute. Depuis les années 30 et a fortiori depuis les années 50, les progrès du matériel d’alpinisme ont été constants et incroyablement significatifs. Aujourd’hui, les guides possèdent des cordes qui, par un système de nœuds, de techniques d’assurage, d’outils précis et bien conçus, permettent de réduire considérablement le poids de la personne qui chute et de remonter en sécurité même des personnes plus lourdes que le guide. L’amélioration du matériel a permis de compenser l’infériorité physique des femmes en termes de force pure, et leur a ouvert le métier. La première guide rejoint la compagnie en 1985, et s’appelle Sylviane Tavernier. Je n’ai pas le plaisir de la connaître, mais j’ai lu beaucoup de choses sur elle, et je la trouve extraordinaire – elle a d’ailleurs été décorée de la légion d’honneur. Aujourd’hui, je suis avec bonheur les travaux de l’association Pas que des collants, qui promeut les femmes alpinistes et œuvre pour la féminisation des métiers de montagne.

Devenir guide ou les 12 travaux d’Hercule

Le « carnet de courses » que doit remplir l’aspirant guide avant de pouvoir ne serait-ce que rejoindre l’école des guides est impressionnant, et montre bien à quel point la compagnie recherche des personnalités d’exception, au mental d’acier, à l’endurance hors normes et à la technique parfaite. Avant de pouvoir se présenter à l’examen, le guide doit avoir réalisé un certain nombre de courses (ascensions de sommets, escalades en rocher, traversées d’arêtes, descentes à ski, etc) exigeantes et difficiles, répondant à des critères très précis, et accompagné d’un partenaire qui ne soit pas un guide. Il pourra ensuite se présenter à l’examen. Chaque année, environ deux-cent personnes postulent, et participeront à des épreuves hivernales et estivales, de ski, d’escalade en chaussons, d’escalade en chaussures d’alpinisme, de cascade de glace, de course d’orientation. A l’issue de la sélection, environ quarante personnes seront gardées, et intègreront l’ENSA. Environ trente personnes seront diplômées chaque année, au terme d’une formation longue et ardue qui compte parmi les plus exigeantes au monde.

Session d’escalade entre aspirants guides à l’ENSA


Le guide est quelqu’un qui connaît la montagne par cœur, qui sait la « lire », voir les dangers, les zones plus crevassées sur les glaciers, les pentes où l’avalanche risque de déclencher, les séracs qui menacent de se détacher. Le guide sait évoluer sur tout terrain, sur glace, sur rocher, en arête, dans les pentes raides. Comme l’écrit Rébuffat, « L’alpiniste doit avoir des muscles forts, des doigts d’acier, une technique parfaite, toutefois ce ne sont là que des outils. D’abord, il aime la vie, et l’air à 4000 a une saveur particulière, mais il faut le gagner. »
Il anticipe, garde son sang-froid, sait réagir à toutes les situations de danger, les dangers objectifs de la montagne, les dangers liés à une météo qui tourne mal, mais aussi, et ce ne sont pas les moindres, les dangers causés par le facteur humain.

Mon guide, Tristan Knoertzer

Le guide et son client

Quand on s’embarque avec un client en montagne, un partenaire de cordée dont on ne connaît pas forcément bien le niveau et les capacités, cela comporte toujours un certain risque. Terray comme Rébuffat racontent tous les deux avoir paradoxalement vécu des situations de péril bien plus graves sur des courses de difficulté moyenne, avec un client qui soudain perd la tête, panique, fait quelque chose de profondément irrationnel et dangereux et manque précipiter son guide avec lui, que sur des courses autrement plus engagées (des faces Nord alpines, des ascensions dans l’Himalaya ou en Patagonie), mais avec des partenaires de cordée fiables. Un bon guide n’est pas qu’un bon montagnard, c’est aussi un fin psychologue, capable de sentir jusqu’où son client peut aller, le rassurer, l’encourager, mais aussi parfois, le faire renoncer. Tristan le souligne : le guide a une obligation de moyen, pas de résultat. Il s’engage à faire de son mieux pour amener son client au sommet, mais pas à le faire à n’importe quel prix. Lors de la course, le guide est souverain. Si la météo tourne, si les conditions se dégradent, si le client n’est pas au niveau, le guide a non seulement le droit, mais aussi le devoir de dire stop. Cette justesse dans le jugement et l’analyse des situations fait aussi partie des qualités exigées de lui.
Mais le duo formé par le guide et son client, ce sont aussi de très belles histoires. Lors du premier contact avec la compagnie des guides, le client ne choisira pas son guide en direct : il lui sera attribué par le tour de rôle de la compagnie, qui permet à chacun d’avoir du travail. Un pourcentage du prix de la course, qui est fixé au préalable par un barème établi par la compagnie, revient à la compagnie. Mais si le client « accroche » avec son guide, et souhaite repartir avec lui, le guide a ensuite le droit de garder son client sans repasser par le tour de rôle. Les guides ont de belles histoires de clients fidèles à raconter, parfois des alpinistes de bon niveau et enthousiastes, avec qui ils pourront faire de très belles courses, ou parfois aussi des gens avec qui des amitiés profondes se nouent. Voir au terme d’une ascension harassante le soleil se lever à 4000m, ce sont des souvenirs qui lient les hommes… Une cordée est solidaire : en cas de catastrophe sur la glace, le guide peut retenir le client, mais le client peut aussi retenir le guide. Il faut au guide cette confiance fondamentale en cet inconnu qui a choisi de partir en montagne avec lui. L’alpinisme, c’est l’aventure humaine essentielle, la solidarité nécessaire, vitale, face à des périls plus grands que nous.

Moi, heureuse et reconnaissante après ma toute première ascension

Premiers pas en haute montagne

L’alpinisme. Cela fait des années que j’en rêve. J’ai lu et relu avec fascination Lionel Terray, qui écrit dans les premières pages de ses Conquérants de l’inutile :

« Ce que je désirais de toute mon âme, c’était pénétrer dans le cœur de ces merveilleuses montagnes et en escalader les sommets. »

 « J’entrevis toutes les possibilités qu’offrait de monde de roc et de glace où il n’y a rien d’autre à cueillir que des fatigues et des dangers ; je sentais tout le prix qu’auraient pour moi ces fruits inutiles, qui ne se cueillent pas dans la boue mais dans un écrin de beauté et de lumière. »

Première fois en alpinisme avec la compagnie des guides de Chamonix
Lever de soleil dans la vallée blanche

Parce que j’aime à la folie les Alpes, que j’ai lu avec passion Frison-Roche, Terray, Rébuffat et les autres, regardé en boucle des films sur les ascensions de l’Everest, parce que je n’aime rien tant que randonner en montagne, je rêve humblement de franchir la limite. La limite ? La frontière entre la montagne… et la haute montagne.

La montagne est le pays des alpages, des lacs, des sentiers fleuris, le pays des hommes. Elle est amène, riante, douce, on va y randonner l’été, on bivouaque dans les prairies et on pique-nique au bord des lacs bordés de rhododendrons. La haute montagne est le pays des glaces, des rochers, des verticalités terrifiantes et des sommets étincelant de lumière, une contrée où les hommes sont tout juste tolérés, où ils ne seront jamais vraiment chez eux.

Où se situe cette limite ? Ce n’est pas vraiment une question d’altitude. Au sommet de la Grande Sassière (3747m), vous êtes encore en chaussures de randonnées, sans encordement, mais au sommet des Rouies (3589m), vous avez déjà traversé un glacier et une falaise, et vous avez depuis longtemps chaussé vos crampons, empoigné vos piolets et mis votre baudrier. La haute montagne, c’est ce pays où les hommes ne peuvent plus cheminer sans équipement particulier, où marcher ne suffit plus, où il faudra s’encorder, s’équiper, grimper, s’assurer, etc.

Nous sommes un matin de septembre 2020. J’ai dormi à Chamonix, au très joli hôtel le Plan B. Dans les jours qui précèdent, j’étais allée randonner au coeur de la réserve des Aiguilles rouges, au Lac Cornu, à 2276m, puis au col d’Anterne, à 2257m, afin de commencer mon acclimatation à l’altitude en passant la barre des 2000m, pour forcer mon corps à fabriquer plus de globules rouges. J’ai passé l’été à randonner, à Chamonix, dans le Vercors, sur le chemin de Saint Jacques, ailleurs. Je me sens prête.

lac cornu
Acclimatation, partie 1 : Lac Cornu
lac d'anterne
Acclimatation, partie 2 : lac d’Anterne

Je passe devant la belle église de Chamonix, où les vitraux fabriqués en 1925 arborent des skieurs descendant les pentes, rappelant qu’ici la montagne est presque une divinité à part entière. Je rejoins la Maison de la Montagne, qui abrite la maison des guides, foyer de la compagnie des guides de Chamonix. De grands portraits commémorent les guides illustres qui ont marqué l’histoire de la compagnie. Je suis émue.

Compagnie des guides de Chamonix
Sur la façade du bureau des guides, un portrait de Balmat et Paccard, les deux découvreurs du Mont Blanc

Je retrouve Tristan Knoertzer, mon guide. Il vérifie mon sac, mes chaussures d’alpinisme toutes neuves achetées pour l’occasion à Décathlon Chamonix, et me confie mon matériel : un baudrier, deux vaches, deux broches à glace, des crampons à mettre sur mes chaussures (des sortes de griffes acérées), un piolet, une corde, un bâton. Je porterai cela tout au long de notre course. Mon sac s’alourdit, et je regrette un peu le superflu que j’ai pris avec moi – le poids est l’ennemi de l’alpiniste, me dira Tristan. Mais ce qui compte le plus à cet instant, c’est la joie, la joie qui explose dans mon cœur quand nous franchissons le tunnel et passons côté italien. Ma toute première course commence.

De la pointe Helbronner au refuge des Cosmiques : la vallée Blanche

Tristan et moi franchissons le tunnel du Mont Blanc, et passons côté italien. J’ai le cœur qui bat la chamade. Notre objectif du jour : traverser la Vallée Blanche, cette immense vallée glaciaire qui court de la pointe Helbronner (Italie) à l’Aiguille du Midi (France), recouverte de plusieurs centaines de mètres de glace. Pour cela, nous allons emprunter le Skyway Monte Bianco, à Courmayeur, qui s’élance à 3466m jusqu’au sommet de la pointe Helbronner. Dans nos cabines de verre panoramiques, la vue est grandiose. Je vois l’herbe laisser place à la neige et à la glace, le royaume de l’hiver éternel nous happer peu à peu, nous emporter vers ces hauteurs qui me font frémir de fascination et de respect. Je sais que cette fois, nous ne nous contenterons pas de rester sur la plate-forme, comme je l’avais vécu l’été précédent à l’Aiguille du midi lors de notre très beau séjour à Chamonix. Nous allons fouler le sol gelé des cimes. Haute montagne, pour la première fois, je te découvre.

Nous descendons de la plate-forme et arrivons dans la Vallée Blanche. A 3400m, c’est une gigantesque vallée glaciaire, que remplissent plusieurs glaciers immenses, Glacier du Géant, Glacier du Tacul, Mer de Glace, et que bordent des sommets prestigieux comme le Mont Blanc du Tacul.

Carte de la vallée Blanche
Carte de la Vallée Blanche, entre Courmayeur et Chamonix

Sa traversée, en randonnée glaciaire ou en ski, est un des itinéraires les plus mythiques qui soient, et il reste pourtant profondément dangereux : nous sommes sur un glacier, un géant millénaire et sournois, au dos lézardé de profondes crevasses. Certains trous sont profonds de plusieurs dizaines de mètres, et tous ne sont pas visibles ; des ponts de neige instables peuvent les dérober à nos yeux. Nous sommes en haute montagne, au royaume du danger. Et nous allons nous équiper pour y faire face.

vallée blanche
vallée blanche

Tristan m’explique le matériel à notre disposition. Je chausse les crampons, qui me permettent d’accrocher la glace, comme les griffes d’un tigre sur la surface glissante. J’ai le piolet, qui m’aidera lors des ascensions, et qui, en cas de chute en crevasse, me permettra de planter un ancrage. J’ai les broches et les vaches, qui me permettront de m’assurer en cas de chute en crevasse.

Et, le plus important, j’ai cette corde, cette corde souple et solide à la fois qui relie mon baudrier à celui de mon guide, et qui est ma ligne de vie pour la traversée des glaces. Tristan me dit quelque chose à quoi je ne m’attendais pas : « moi aussi, je peux tomber en crevasse. Et dans ce cas, ce sera à toi de me sortir. » Je l’avais pourtant lu dans les livres, mais c’est autre chose de se l’entendre dire là-haut, de comprendre soudain que la ligne de vie va dans les deux sens. Le guide assure le client, mais le client assure aussi le guide. Tristan m’explique les nœuds qu’il fait sur la corde pour ralentir la chute éventuelle, comment poser une broche dans la glace pour l’assurer au cas où, je l’écoute gravement, attentivement. Nous sommes désormais une cordée.

alpinisme

Nous nous mettons en chemin, direction l’Aiguille du midi. Dans ce sens-là, Courmayeur => Chamonix, la Vallée Blanche est en légère montée, avec un lent dénivelé progressif. L’effort est modéré. Malgré la haute altitude, je me sens bien, en forme, je sens que mon corps est prêt et cela me rassure. Le soleil brille, la visibilité est parfaite, je vois autour de moi s’élever une armée de sommets dont j’ai toujours lu les noms sur les cartes jaillissant des glaces, aujourd’hui face à moi, tout près. Je suis là, sur l’un des plus grands glaciers des Alpes, sur des centaines de mètres de glace, au milieu de l’empire du froid. L’émotion est intense. Tout est blanc, tout est lumineux, tout est vertigineux. C’est beau, c’est tellement beau. Je ne veux plus jamais redescendre.

Vallée blanche

Sur une paroi rocheuse, nous croisons des grimpeurs à l’entraînement, qui ont l’air de se régaler sur les magnifiques granits bien durs du massif du Mont Blanc. Tristan me dit que c’est son père sur le rocher, qu’il est formateur à l’ENSA et qu’il entraîne aujourd’hui de jeunes recrues. Je garde mon souffle et ma concentration pour la randonnée glaciaire, mais j’ai hâte d’être au refuge et de poser plein de questions à Tristan sur sa vie, sa famille, son enfance parmi les neiges.

Première frayeur : les crevasses

Nous faisons une petite pause, et Tristan m’explique avec une profonde tristesse dans la voix qu’il y a peu de temps, un ami et collègue à lui, un autre guide de la Compagnie, est mort ici, dans la Vallée Blanche, un mois auparavant. Le 7 août 2020, Jean-Louis Le Garrec, un guide de 62 ans, expérimenté, compétent, fiable, traversait le glacier du Géant avec son client lorsqu’un pont de neige d’une ampleur exceptionnelle s’est effondré et l’a emporté avec lui. Le client n’a commis aucune erreur, il a retenu la chute et appelé aussitôt les secours. Mais Jean-Louis était enseveli sous plusieurs mètres de neige, et n’a pas survécu. Même les meilleurs guides restent à la merci de la haute montagne, et malgré toutes les précautions, l’expérience, le bon matériel, le risque reste inhérent à la traversée de ces altitudes inhumaines. Tous les alpinistes le savent, et parfois, hélas, l’accident arrive et l’homme est impuissant face à la montagne. Je repense à ces beaux mots de Lionel Terray :

« Quelles que soient son adresse et sa force naturelle, le grimpeur qui ne craint pas d’aller chercher des joies plus profondes et plus austères sur les plus grandes murailles des Alpes et les hautes cimes de la Terre, s’expose toujours à des dangers sérieux. Le monde minéral où il pénètre n’est pas fait pour la vie de l’homme, et les forces de la nature semblent se coaliser pour l’en rejeter. Celui qui, en quête d’une beauté et d’une grandeur sublimes, ose s’aventurer en ces lieux doit absolument accepter de courir certains risques. »


Pour limiter le danger, Tristan ne veut pas passer par l’itinéraire habituel, celui qu’a emprunté Jean-Louis, sur la partie haute du glacier du Géant. Il m’explique : « L’itinéraire semble plus facile, mais en vérité, il est plus insidieux. On ne voit pas les crevasses, elles sont recouvertes de ponts de neige. Je préfère passer plus bas. C’est plus impressionnant, car les crevasses sont visibles, mais moins risqué, car on voit exactement par où on passe. »
Nous descendons vers les crevasses, et mon cœur se met à battre à mille à l’heure. Voici les entrailles de la bête. Jusqu’alors, nous étions dans la Vallée Blanche. Désormais, nous sommes dans la Vallée Bleue : je vois la glace, je vois les gouffres béants, les fissures, les trous profonds. Jusqu’alors, la neige dérobait à mes yeux l’horreur des glaciers, ce monstre plurimillénaire qui inspire à l’homme une terreur fondamentale que racontait Mary Shelley dans son Frankenstein. J’ai déjà vu les glaciers de Chamonix les yeux dans les yeux, quelques semaines plus tôt à la Jonction. Je sais les mâchoires acérées des glaces, ce chaos terrifiant aux airs de raz de marée figé en plein vol. Nous y sommes. Il va falloir passer.

Tristan pose des broches, s’assure, saute par-dessus la crevasse, repose la broche de façon à m’assurer. C’est mon tour. Il faut que je saute. Je suis paralysée.
« Tristan, je ne peux pas, j’ai tellement peur. »
« Tu peux et tu dois, tu es sur un pont de glace, et s’il se dérobe sous tes pieds, je te garantis que ça te fera plus peur que si tu sautes toi-même. Je t’assure, ne t’inquiète pas. Saute en tenant ton piolet devant toi et plante immédiatement ton piolet dans la glace pour ne pas repartir en arrière. Vas-y. »
Je suis face à une fissure profonde de plusieurs mètres, et assez large pour ne pouvoir être franchie qu’avec élan – il faut que je recule, que je fasse une ou deux foulées de course et que je saute franchement, en plantant mon piolet pour ne pas être renvoyée dans la crevasse, car un autre mur de glace se dresse à l’arrivée. Je suis terrorisée. J’obéis, parce que je me le suis juré, que je me suis promis avant cette aventure que je ferai une confiance totale à mon guide et que je surmonterai cette peur naturelle, instinctive, que nous inspire le gouffre. Je n’ai pas le choix, nous y sommes, et il faut y aller. Je repense aux séances d’accrobranche en forêt, aux « sauts de Tarzan ». J’essaie de me convaincre que c’est juste un autre saut de Tarzan, version glaces éternelles, que c’est un jeu.
Je saute avec mon cœur qui hurle dans mes tempes, je plante le piolet de toutes mes forces, Tristan me récupère aussitôt.
Encore une deuxième épreuve comme ça, une deuxième crevasse à franchir, et nous revenons sur un terrain plus facile.


Je demanderai plus tard à Tristan :
« Est-ce que je risquais quelque chose ? Est-ce que j’ai paniqué pour rien ? »
Il me dira : « Non, tu ne risquais rien, car je t’assurais, que j’avais choisi un bon passage, et que ce n’était pas difficile, tu pouvais le franchir en sautant. Mais non, tu n’as pas paniqué pour rien, c’était impressionnant, et ta peur était normale. »
Cette confrontation avec les crevasses restera le souvenir le plus intense, le plus vif de mes deux premiers jours en haute montagne. La seule fois où j’ai eu vraiment, profondément peur.

Revenus là où la neige dissimule la glace

La nuit au refuge des Cosmiques

La fin de la randonnée glaciaire se déroule sans autre évènement effrayant. Nous approchons du refuge des Cosmiques. J’adore ce nom ésotérique, qui me donne l’impression d’approcher du portail vers une autre galaxie, et son architecture biscornue et étincelante confirme cette délicieuse étrangeté. En contrebas de l’Aiguille du Midi, le refuge culmine à 3613m (deuxième plus haut refuge français après celui du Goûter, à 3835m) sur son éperon rocheux. Dans les années 1930, il a été bâti pour servir aux travaux d’un physicien étudiant les rayons cosmiques, d’où son nom extraterrestre. Gardé de mai à septembre, il peut accueillir 130 personnes. Le reste de l’année, il est inoccupé et donc fermé, mais Tristan me montre à la montée une petite cabane spartiate et un peu défoncée située en contrebas du refuge, l’abri Simond, baraque de fortune ouverte toute l’année pour les alpinistes qui s’aventureraient ici en hiver.

Abri Simond
L’abri Simond, une cabane frugale en contrebas du refuge

Le refuge des Cosmiques est connu pour se situer au départ de deux itinéraires célèbres : la descente de la Vallée Blanche, bien sûr (l’itinéraire inverse de la randonnée glaciaire que nous avons pratiquée), et la belle et ardue voie des Trois Monts, qui mène au sommet du Mont Blanc via le Mont Blanc du Tacul et le Mont Maudit. Nous parcourons les dernières centaines de mètres avec enthousiasme : j’ai hâte d’y être.

refuge des cosmiques
Tristan face au refuge des cosmiques. A droite, l’aiguille du Midi.
refuge des cosmiques
Refuge des Cosmiques

Je connais les refuges « classiques » de la montagne à randonnées, ceux du Vercors, de la Vanoise ou des Fiz, mais c’est ma première fois dans un refuge de haute montagne. Mon imaginaire a créé toute une mythologie romantique autour de ces repaires d’alpinistes nichés au cœur des glaces. Je repense à la description qu’en fait Frison-Roche dans Premier de cordée :

« Dans la salle commune éclairée par un falot fumeux, trois cordées d’alpinistes mangeaient et buvaient ferme ; on pouvait deviner, à voir leurs cordes toutes mouillées qui gisaient dans un coin de la pièce, à moitié raidies par le gel, qu’ils arrivaient juste d’une longue randonnée glaciaire. La cuisine était une grande pièce carrée, basse de plafond, entièrement boisée. L’aiguille Noire et les Dames-Anglaises s’y encadraient, comme par la fantaisie d’un peintre, et, à cette heure tardive, alors qu’il faisait nuit depuis longtemps dans les vallées, les cimes étaient encore faiblement éclairées à contre-jour par une lueur nacrée flottant sur les crêtes et irisant le feston de leurs corniches. Bien que la pièce fût soigneusement close, un vent coulis filtrait dans la cuisine, refroidissant sournoisement l’intérieur du refuge. Du givre, déjà, étoilait les vitres. Brocherel, le gardien, s’affairait autour du fourneau. A la table commune, quelques guides et porteurs mangeaient en ressassant leurs éternelles histoires de courses. »

J’ai peur d’être déçue. Je me dis que Premier de cordée a près de quatre-vingt ans, que les choses auront forcément changé, que les refuges sont aujourd’hui moins pittoresques, plus aseptisés, plus banaux. Mais dès que je franchis la porte des Cosmiques, mon cœur bondit de joie. La montagne est décidément cette capsule magique où le temps est suspendu. Je constate avec enchantement que rien n’a changé. J’ai l’impression d’avoir plongé dans le roman. C’est un refuge de haute montagne tel que je l’ai rêvé.

refuge des cosmiques chamonix

Sur le porche flottent des drapeaux de prière, déchiquetés par le vent des cimes, comme dans ces camps de base himalayens. A l’entrée sèche tout le matériel d’alpinisme : on se déchausse et enfile des chaussons, on suspend nos crampons, nos piolets, nos blousons. Et à l’intérieur, c’est douillet, cossu, délicieusement alpin, tout de bois sculpté et de chaleur des fourneaux. Les gardiens passent la saison ici, et cuisinent dîner et petit-déjeuner pour les alpinistes. Nous mangerons ensemble, des plats chauds, roboratifs, montagnards, en voyant le jour tomber sur le Mont Blanc du Tacul par les grandes fenêtres. Il y a des guides et des clients, français, autrichiens, allemands, anglais, venus pour le Mont Blanc ou pour d’autres sommets. Les guides échangent entre eux, évoquent leurs itinéraires, débattent de l’évolution du métier, du changement climatique, de la ruée touristique vers le Mont Blanc (je vous en parle plus loin). Le refuge est géré par la Compagnie des guides : j’apprends qu’ils possèdent nombre de refuges dans le massif du Mont Blanc et ailleurs. Nous sommes réellement chez eux, et cela me plaît énormément.

Au refuge, on trouve lavabos et WC, mais pas de douche, on fait des toilettes de chat au lavabo. Après le repas, nous irons nous coucher, tôt, dans des dortoirs où nous sommes installés sur des couchettes superposées. Des couettes sont fournies, je n’ai pas eu à porter de sac de couchage, seulement un drap de sac qui m’enveloppe pour des raisons hygiéniques, mais aussi de température : mon super drap de sac Sea to summit très chaud apporte quelques degrés supplémentaires bienvenus, car la nuit en refuge, l’haleine des 4000 transpire par les vitres et les boiseries et il fait froid. Pendant la nuit, j’entends les réveils des alpinistes qui sonnent toutes les heures au rythme des départs, 2 ou 3h pour ceux qui partent pour les Trois-Monts, 4h… Je me rendors à chaque fois facilement. Je suis étonnée de si bien dormir. On m’avait dit que pour ma première nuit en haute montagne, à dormir à plus de 3500m d’altitude, j’aurais sans doute des maux de tête. Mais je vais bien, étonnamment bien. En mon for intérieur, je remercie mon corps qui me laisse vivre cette expérience sans broncher, sans protester de ce manque d’oxygène inattendu, et je savoure cette nuit suspendue dans le nid d’aigle des cosmiques. A 4h30, c’est le tour de notre réveil de sonner. C’est parti.

Le guide Tristan Knoertzer, un portrait

Je profite du repas au refuge pour demander à mon guide, Tristan, de me parler de lui. Natif de Chamonix, guide membre de la plus prestigieuse des compagnies, alpiniste évoluant en haute montagne avec une aisance et une grâce qui laissent croire que les glaces sont réellement son domaine, Tristan incarne à mes yeux le mythe ultime du guide. Blond, beau et solaire, il raconte la montagne avec une justesse et une humilité qui me frappent, et lit les récits d’autres grands alpinistes dans le dortoir du refuge avant de s’endormir. Tristan a mon âge, mais il me donne l’impression d’avoir déjà vécu tant d’aventures, d’expéditions extraordinaires et d’exploits dont je n’oserais pas même rêver, que cette information me semble totalement décalée.

tristan knoertzer


Le père de Tristan, Jean-Sébastien Knoertzer, est guide lui aussi, membre d’une autre compagnie, accompagnateur de voyages d’aventure et aujourd’hui enseignant à la prestigieuse Ecole Nationale du Ski et de l’Alpinisme. Non chamoniard d’origine, il s’établit dans cette vallée qui aimante les amoureux des cimes, et y rencontre son épouse, l’assistante d’un photographe de montagne. Tristan naît dans un milieu baigné par la passion des sommets et son père commence très tôt à l’emmener avec lui en montagne. Dès l’adolescence, il part en expédition avec des amis, improvise à 17 ans avec des copains une aventure un peu à l’arrache et sans le sou en autonomie dans l’Himalaya. Parce qu’il a le goût de l’exploration et que c’est un skieur exceptionnel, des connaissances lui demandent de les accompagner au Japon, pour une virée en ski freeride sur les pentes des volcans. C’est sa première expérience en tant que guide. Autour de l’âge de dix-huit ans, il fait son choix. « Ado, j’en voulais tellement que je pensais ne pas avoir la patience de partir avec des alpinistes débutants. Puis j’ai réalisé que je prenais autant de plaisir à accompagner des amis novices en haute montagne et leur faire découvrir ce milieu. C’est là que j’ai décidé de devenir guide. » Je ressens en permanence, tout au long des deux jours que nous passons ensemble, son attachement profond au métier de guide, son respect pour cette profession hors normes. Depuis 2016, il est titulaire – membre à vie – de la compagnie des guides de Chamonix, mais pas seulement. Parce que la montagne et son monde sont en pleine mutation, parce qu’il avait besoin et envie de ne pas faire reposer sa carrière entière sur les pentes fragiles des glaciers, Tristan est aussi diplômé de l’école de management de Grenoble, et chef de projets. C’est notamment lui qui chapeaute pour la Compagnie l’ensemble des festivités du bicentenaire, de la grande cordée à la réalisation d’un film. Mais malgré ce côté très ancré, très raisonnable de l’homme aux multiples talents et casquettes, je vois son œil qui pétille lorsqu’on évoque certains itinéraires encore peu explorés, certains sommets mythiques, dans les Alpes, l’Himalaya ou ailleurs. Il y a chez Tristan cette soif d’inouï qui me rend très curieuse de ses explorations futures.

tristan knoertzer

Première ascension, premier lever de soleil

Mais commençons par celle-ci, infiniment plus modeste que les grandes épopées auxquelles Tristan est appelé : ma toute première ascension, mon tout premier lever de soleil en haute montagne.
Notre réveil sonne à 4h30. Le petit déjeuner est sur la table du refuge, je me force un peu à manger, puis il est temps de s’équiper et de plonger dans la nuit. L’aube est esquissée au loin et la nuit est si claire. Par cette nuit sans nuages, la neige décuple toutes les lueurs des étoiles, et je crois que nous y verrions clair même sans nos frontales qui tracent un arc de cercle lumineux devant nous. Je suis marquée par la profondeur du silence, par la puissance de l’immobilité – j’ai l’impression de toucher à une nuit éternelle, immémoriale, dont l’envergure est celle de l’univers tout entier.

Cheminer dans l’aube vers les pointes Lachenal

Nous cheminons sur la glace vers les pointes Lachenal, petits sommets rocheux en contrebas du Mont Blanc du Tacul nommées ainsi en hommage à Louis Lachenal, guide de la Compagnie, ami très proche de Lionel Terray, compagnon de cordée de Maurice Herzog sur l’Annapurna où il perdit plusieurs doigts, sa virtuosité d’alpiniste et sa joie de vivre. Lachenal est mort tragiquement, à skis au pied de ces pointes granitiques, englouti lui aussi par une crevasse de la Vallée Blanche.
Nous arrivons au pied des pointes Lachenal, et j’ai la sensation que commence ici ma toute première ascension d’alpiniste : nous allons nous frayer un chemin vertical sur le rocher, escalader ce granit à moitié couvert de neige et de glace pour atteindre le sommet au lever du jour. Nous sommes en terrain d’aventure, c’est-à-dire, sur un rocher non équipé, à l’exception d’un relais à mi-hauteur : pas de voie d’escalade ici. Tristan me montre les coinceurs qu’il va poser dans les fissures du rocher pour sécuriser notre ascension et nous assurer, et que je récupèrerai au fur et à mesure en passant derrière lui.

Je me suis mise à l’escalade avec l’aide de mon amie Marion, mais je n’ai jamais grimpé avec un sac de douze kilos dans le dos, et encore une fois, je me dis que j’ai trop pris, trop de choses, trop de poids, et que cela me servira de leçon pour une prochaine course. L’escalade n’est pas très difficile, et mes chaussures d’alpinisme me surprennent agréablement par leur qualité d’accroche, mais je suis alourdie par le sac et je peine un peu dans certains passages, me sentant un peu maladroite et engoncée. Mais avec les bons conseils de Tristan, je franchis, je continue, le sommet se rapproche.

Le jour monte – soudain le soleil inonde la vallée blanche, enflamme l’Aiguille du Midi, allume au loin la vague blanche du Cervin prêt à déferler sur mon imaginaire, et je reste là suspendue à la paroi, hypnotisée, émerveillée. C’est le plus beau lever de soleil de ma vie, multiplié à l’infini par cette galerie des glaces cosmique à près de 4000m d’altitude, décuplé par tant de blancheur, et j’ai l’impression que rien n’a jamais été aussi rose, aussi rouge, puis enfin aussi or, que le ciel de ce matin-là.

Nous arrivons au sommet des pointes Lachenal et il n’y a que de la joie dans mon cœur, et une infinie fascination. Jamais ensorcellement n’a été plus heureux.

Deux dernières épreuves

Tristan m’a réservé deux dernières épreuves pour conclure cette belle initiation. L’une est psychologique, l’autre est physique. Puisque les conditions ne sont pas propices à une traversée de l’arête des Cosmiques, qui nous aurait fait remonter directement à l’Aiguille du midi, Tristan me propose de remonter d’abord au refuge des Cosmiques par une petite arête en contrebas, l’arête à Laurence (du nom d’une ancienne gardienne du refuge), puis à l’Aiguille du midi par une dernière traversée glaciaire sur la vallée Blanche.
L’arête à Laurence est une traversée d’arête techniquement facile, mais avec certains passages un petit peu impressionnants : il y a « du gaz », une sensation de hauteur et de vertige. Je suis heureuse de me confronter à cette petite difficulté psychique, de vérifier que le vertige ne vient pas me hanter et me paralyser. Je retiens un petit peu mon souffle lors de certains passages, mais sans peur excessive, sans panique, et cela me rassure profondément : certaines courses dont je rêve, techniquement peu difficiles mais quelque peu impressionnantes, deviennent accessibles, et je me surprends à rêver.


Je regrette un petit peu de ne pas continuer par l’arête des Cosmiques, qui me fascinait, mais si j’ai bien appris une chose de mes lectures et discussions avec Tristan, c’est à m’en remettre à la décision de mon guide, et puisque Tristan dit que les conditions ne sont pas propices, nous passerons par un autre itinéraire. Au lieu de continuer notre course vers l’aiguille du Midi sur les rochers, nous redescendons dans la vallée Blanche, et allons prendre la côte glacée qui mène vers la plate-forme.
Et c’est alors que commence la plus grande épreuve physique de ces deux jours. Jusqu’ici, mon corps a vaillamment tenu le coup, il ne m’a pas punie de l’emmener aussi haut pour la première fois, de dormir à 3600m, de lui faire respirer un oxygène raréfié. Voici le moment du retour de bâton. Il paraît qu’à cette altitude, nos capacités physiques sont réduites de 30%. Je ne l’ai pas ressenti jusqu’alors. Mais à ce moment-là, je me prends le mur de plein fouet. La montée vers l’aiguille du midi depuis le refuge, c’est un dénivelé en soi modeste (environ 250 ou 300m), mais brutal car concentré en une seule grande pente glacée. Tout le monde parle de la descente de l’aiguille du Midi, un peu effrayante car vertigineuse – je vous laisse imaginer la remontée, avec cette côte tellement raide d’un seul coup. Est-ce la fatigue accumulée (nous sommes au midi du deuxième jour, nous sommes en altitude depuis la veille au matin), le poids du sac, le lever à 4h30, la soudaineté de l’effort ? Je me sens soudain épuisée et asphyxiée et cela me paraît tellement difficile. Tristan prend les choses en main en m’imposant un rythme, avec des pauses de dix secondes à intervalles réguliers, puis l’obligation de redémarrer en suivant son pas. Me caler sur lui et obéir à ses instructions est reposant et me permet de surmonter le gros coup de pompe.

Sur l’arête menant à l’Aiguille

Je suis presque surprise quand nous arrivons sur la terrasse de l’Aiguille : c’est fini, c’est fait. Ma première course s’achève ici. Au soulagement physique succède très vite, déjà, une pointe de nostalgie. Cette parenthèse merveilleuse est terminée. Il faut redescendre vers Chamonix, quitter cette bulle de splendeur intemporelle et revenir à la marche du monde ordinaire. Dans la benne qui nous redescend dans la vallée, j’assimile à grand peine toutes ces émotions. Nous buvons un dernier café à côté de la maison de la montagne, je salue et remercie chaleureusement Tristan. C’est fini, et je n’oublierai jamais.

Le guide aujourd’hui et demain

Au refuge des Cosmiques, les guides discutent entre eux.

Ils parlent du changement climatique. Les étés toujours plus chauds fragilisent la montagne en faisant fondre le permafrost, cette glace éternelle qui scellait la roche dans une gangue gelée. Mis à nus, les rochers sont fragilisés. Outre le spectaculaire effondrement d’un pilier des Drus, au-dessus de la mer de glace, de nombreux éboulements ont lieu dans le massif du Mont Blanc. Les chutes de pierre sont toujours plus fréquentes. Certains guides sont très pessimistes.

Montenvers hôtel mer de glace
En 2005, une part importante du Petit Dru s’est effondré, emportant la voie ouverte par Walter Bonatti. D’autres effondrements de moindre ampleur ont eu lieu en 2011 et 2020.

Bien que totalement conscient du changement climatique dont la haute montagne est le premier témoin, Tristan croit à notre faculté d’adaptation. Outre les vrais efforts environnementaux entrepris par la vallée de Chamonix, la prise de conscience écologique étant forte dans le milieu de la montagne, il me raconte que les aléas climatiques, les chutes de roches, de glace, ont toujours été le lot de l’alpiniste et que c’est justement le rôle du guide de savoir lire la montagne, de conduire les clients dans des itinéraires sûrs et adaptés aux conditions. Si quelques voies ont été dégradées par les effondrements, des centaines, des milliers d’autres restent ouvertes, et de nouvelles continuent de s’ouvrir.

Il me montre les outils du guide du XXIe siècle, ultra connecté – outre les GPS, cartes IGN en ligne, etc, le groupe Whatsapp de la compagnie des guides, dans lequel chacun détaille factuellement et avec neutralité les conditions rencontrées lors de ses courses. Lui qui connaît le massif du Mont Blanc par cœur s’adapte sans cesse. Pour preuve, la course initialement envisagée avec moi n’était pas celle-ci – nous devions partir sur le glacier du Tour, mais Tristan a changé d’itinéraire en raison des mauvaises conditions sur celui-ci. Le fabuleux terrain de jeu qu’est la haute montagne ne ferme pas ses portes, mais la prudence est de mise, de plus en plus. Et pour le guide, qui est bien plus souvent là-haut que son client, le danger grandit nécessairement. Les guides parlent bien sûr aussi tous de l’avenir de leur métier. D’ailleurs, Tristan, qui a fait une école de management et jongle entre son activité de guide et ses activités de chef de projets, incarne bien une évolution du métier : plutôt que de partir coûte que coûte en montagne, quitte à prendre des risques quand les conditions sont mauvaises, on s’adapte, se forme, varie ses activités. On vit la montagne de diverses matières, on multiplie ses compétences et expériences de vie. La pluriactivité est traditionnelle dans les Alpes – guide du 21e siècle, Tristan la décline à sa manière.

Comme toujours en alpinisme, le danger ne vient pas seulement des montagnes, mais aussi des comportements humains – le grand sujet du moment est bien sûr le Mont Blanc. Sommet mythique s’il en est, le toit de l’Europe attire aussi toute une foule d’aspirants alpinistes mal préparés. Tous les guides le répètent : monter à 4800 mètres, sur le plus haut sommet de notre continent, n’est pas anodin, ni physiquement ni techniquement, et ne s’improvise pas. La multiplication des accidents et des secours, la constatation de comportements aberrants au Mont Blanc, ont conduit à un durcissement de la règlementation : depuis 2019, l’accès aux trois voies classiques n’est possible qu’avec une réservation en refuge. Depuis 2020, un nouvel arrêté de protection a durci les conditions d’accès, avec notamment une limitation de la cordée à 3 personnes, une vérification de l’équipement par des gendarmes de haute montagne avant de permettre l’accès aux voies, l’interdiction d’apporter des objets incongrus (comme le Britannique qui avait transporté et abandonné son rameur là-haut…). A ce sujet, les débats restent vifs : les alpinistes sont par nature viscéralement férus de liberté, et n’aiment pas voir la haute montagne se judiciariser, mais force est de constater que l’attrait du Mont Blanc a ouvert la porte à toutes les dérives. Certains plaident pour une limitation des ascensions, avec un permis, comparable à ce qui se fait en Himalaya. D’autres militent pour un déséquipement de la voie la plus « facile », celle du Goûter, qui est tant aménagée qu’elle prend parfois l’allure d’une via ferrata de haute montagne, afin de sélectionner les alpinistes par la compétence. Tristan, lui, souhaite que la haute montagne reste un espace de liberté, mais plaide inlassablement pour l’éducation, la sensibilisation, avec un message essentiel : l’ascension du Mont Blanc ne doit pas être banalisée et ne s’improvise pas. Je lui demande comment m’y préparer. Il me répond de continuer les sorties en haute montagne, de faire d’autres courses plus faciles, d’attaquer mon premier 4000m, de me former en douceur, afin d’être naturellement prête, au bout de plusieurs courses augmentant peu à peu la difficulté technique et physique, à affronter ce défi avec sérénité. Aux stages du type « le Mont Blanc en 5 jours, formation, acclimatation et ascension », il conseille de préférer une approche progressive au long cours, pour devenir un vrai alpiniste et pas juste quelqu’un qui a « fait le Mont Blanc » en s’y faisant traîner à bout de forces par son guide. Et il me glisse qu’il y a tant d’autres sommets dans les Alpes, sublimes et moins fréquentés, plus secrets et solitaires, qui ont tant de magie à nous offrir…

Rêver à de nouvelles ascensions…

La compagnie des guides et l’alpinisme : pour continuer

Je vous invite vivement à consulter le magnifique compte Instagram des 200 ans de la compagnie, mine d’or quant à son histoire et ses héros. Je le lis comme un roman – il est beau et infiniment instructif.

Deux livres anniversaires sont parus cette année pour le bicentenaire de la compagnie, dans les deux grandes maisons d’édition montagnardes : chez Glénat, Compagnie des Guides de Chamonix, 200 ans d’histoire(s), de David Ravanel et Joëlle Dartigue-Paccalet, et chez Guérin, Le roman des guides, de Gilles Chappaz. Je n’ai pas encore eu le plaisir de les avoir entre les mains, mais je compte bien vous en parler prochainement, dans un article consacré aux livres de montagne, d’escalade et d’alpinisme – n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter en fin d’article pour suivre tout cela. Bien entendu, je continuerai à vous parler dans cet article des grands guides dont la lecture m’a bercée, Lionel Terray, Louis Lachenal, Gaston Rébuffat, Roger Frison-Roche… Après mon premier livre sur les Alpes, un texte et photos en belles cartes postales et anecdotes, je prépare actuellement une encyclopédie subjective des Alpes, dans laquelle il sera abondamment mention des grands alpinistes européens – encore une fois, la newsletter vous tiendra informés !

Et je vous souhaite de tout coeur, si vous rêvez vous aussi de haute montagne, de faire un jour l’expérience de ce monde magique, en laissant un guide de la compagnie vous en ouvrir la porte. A bientôt sur les sommets…

Souvenir d’hiver de l’Aiguille du Midi

Un immense merci à l’office du tourisme de Chamonix, à la compagnie des guides de Chamonix et aux remontées mécaniques de Chamonix et Courmayeur de m’avoir permis de vivre cette expérience extraordinaire. Un merci très spécial à Cécile et à Tristan.

Nous gardons vos données privées et ne les partageons qu’avec les tierces parties qui rendent ce service possible. Lire notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vous avez aimé cet article ?
Alors n’hésitez pas à le partager ou à l’épingler !

-


Pour suivre l’actualité d’Itinera Magica, aimez notre page Facebook
ou inscrivez-vous à notre newsletter


Merci pour votre soutien et à bientôt !

19 commentaires pour
“Premiers pas en alpinisme, avec la compagnie des guides de Chamonix”

  • Merci pour ce beau récit d’ascension, j’imagine tes émotions devant ce nouveau monde qui s’ouvrait à toi ! Je suis aussi fascinée, mais de loin, par la haute montagne, j’adore les festivals de films de montagne, par exemple. J’avais un oncle qui était guide de haute montagne dans le massif de la Meije, il y a malheureusement laissé la vie (je ne l’ai pas connu), alors je suppose que ça crée pour moi une sorte d’attraction-répulsion. Bravo à toi en tout cas et j’espère que tu auras la chance de vivre d’autres aventures en altitude !

  • Merci Paule-Elise pour ton message adorable. Je suis désolée pour ton oncle… je comprends bien cette attraction-répulsion, j’ai longtemps vécu cela avec le vélo (ma grand-mère est décédée en vélo), je n’ai pu me mettre que très récemment à ce sport. La Meije est fascinante (“sa Meijesté”), j’imagine les bonheurs vécus là-haut, et le traumatisme de la perte pour toute la famille… Je t’embrasse fort et j’espère parler montagne un jour avec toi <3

  • Félicitations pour votre si beau billet

  • Merci de tout coeur !

  • Quel récit ! Et ces photos ! tu m’as donné des frissons et encore plus l’envie d’essayer au moins une fois pour connaitre ces sensations que tu décris !

  • merci Sarah, toi qui adores la montagne, je te le souhaite très fort !

  • Tu ne pouvais être mieux accompagnée pour cette première expérience d’alpinisme ! Merci pour le partage de ce beau moment vécu à Chamonix 👌🏽

  • Oui, j’étais dans les meilleures mains possibles ! Merci beaucoup 😊

  • Ce récit est exceptionnel et ampli d’émotions qui relatent ton expérience, tes premiers pas dans ce lieu à la fois magnifique et inospitalier . J’ai bcp aimé et je n’ai jamais connu ce monde si fantastique. Merci en tout cas pr ce partage

  • Merci de tout coeur, Lionel, ton mot me touche beaucoup!

  • Qu’il est beau cet article ! Je pense que c’est même le plus beau et c’est peu dire quand on sait à quel point j’adore tes articles. Il est à la fois une aventure individuelle, un dépassement de soi, un rêve accompli, faisant écho à une aventure collective et humaine, celle de l’Alpinisme, de ces hommes et femmes qui repoussent leurs limites et se sentent irrémédiablement attirés par les sommets.
    Je ne suis pas un gars de la montagne (en tout cas pas celle-là), et pourtant elle me fascine. Ces pics, ces paysages de glaces, ces neiges éternelles, c’est tellement mystérieux, il y a un côté mystique même.
    J’ai adoré suivre ton aventure, j’ai eu peur avec toi quand tu devais sauter la crevasse, j’étais ému avec toi par ces vues incroyables. Merci pour ce bel article porté, comme toujours, par une écriture pleine de justesse. Ton récit m’a emporté et je suis, un peu, resté là-haut dans cet autre monde, blanc et implacable <3
    Merci de m'avoir fait rêvé, l'espace d'un instant 🙂

  • Merci de tout coeur, Alexis, pour ce commentaire qui me touche infiniment, je me sens tellement comprise et je suis profondément heureuse que ce texte ait su faire écho en toi ! Merci !

  • […] J’ai testé l’alpinisme à Chamonix. […]

  • Wahou, cet article est majestueux, tout autant que ces montagnes que tu mets si bien à l’honneur.
    Merci de me faire vibrer à travers cette expérience, comme l’a fait mon Papa en me racontant en détail son ascension du Mont Blanc. Je suis tellement admirative de l’effort physique et psychologique que c’est. Bien plus qu’un sport, comme tu le dis !!
    Je sais que je ne pourrais jamais vivre une telle expérience, alors je la vis pleinement en lisant cet article 🙏

  • Quel magnifique article ; je l’attendais depuis l’année dernière et ton séjour chamoniard. Je te souhaite de pouvoir continuer à ta préparation pour gravir de nouveaux sommets et continuer à nous faire partager ton expérience 🏔️🏔️. Prends soin de toi

  • Bonjour Ariane,

    Merci beaucoup pour cet article. Entre images sublimes et émotions intenses, j’ai pu presque vivre avec toi ces moments extraordinaires, moi qui ce matin même ai fait un malaise en sortant de mon lit a cause de la douleur post opératoire d’un genou abîmé en montagne, si loin de ces sommets et de ces moments que j’espère pouvoir retrouver au plus vite… Merci donc de m’avoir fait rêver ce matin avec tes mots et tes images. Je te souhaite sincèrement le meilleur pour la suite dans cette discipline et la découverte de ce mode de vie qu’est l’alpinisme, et surtout continue à rêver et a nous faire rêver car ça ce sent que tu es vraiment tombée amoureuse de la haute montagne !

    Axel (ariegeoissauvage)

  • Un immense merci Axel pour ce mot qui me touche profondément. Je te souhaite une bonne guérison !

  • Avec une amie, nous avons tenté 3 fois l’ascension du Mont Blanc avec un autre guide de la Compagnie. Par 3 fois, la montagne s’est recouverte de vent, de neige et de nuages et nous a refusé son accès.
    Je ne regrette rien.
    De ces sorties, je retiens nos entraînements au Mont Buet “le Mont Blanc des Dames”, la descente vertigineuse depuis l’Aiguille du Midi (celle-là même par laquelle tu as fini ton aventure), mes premières escalades sur l’arête à Laurence et notre déjeuner au Refuge des Cosmiques…

    Le guide nous a également parlé d’autres courses en montagne, différentes, et portant en elles tout autant de bonheur et d’efforts que l’ascension du sommet de l’Europe, avec vue directe sur celui-ci.

    C’est peut-être plutôt ainsi que je reprofiterai de la haute montagne.

    Lire ton aventure m’a mis les larmes aux yeux d’envie, d’appréhension et de bonheur à pouvoir partager avec toi ce moment grâce à la magie de tes mots.

    Belles aventures pour la suite !

  • Merci pour ce commentaire magnifique ! Je ne savais pas que tu avais vécu cette expérience et je suis tellement touchée de te lire… merci de tout coeur.

Laissez un commentaire


Explorez Itinera Magica

Consultez le profil de ItineraMagica sur Pinterest.